Que restera-t-il de DSK au FMI ? L’image du sauveur d’une institution en péril, revigorée à la faveur d’une crise sans précédent ? Un pilote qui a tenté d’infléchir l’orthodoxie économique, mantra de ce paquebot de 4 000 fonctionnaires, au point d’asséner, ce 4 avril à l’université de Washington : «Le consensus de Washington est derrière nous» ? Les symboles d’un visionnaire réhabilitant le rôle de l’Etat, fustigeant les «politiques de dérégulation et de privatisation» ?
«Cet échafaudage s’est effondré sur le passage de la crise», dit-il ce 4 avril, où il gauchise (opportunément) son discours. Il cite alors Keynes : «Le capitalisme n’est pas intelligent. Il n’est pas beau. Il n’est pas juste. Il n’est pas vertueux.» Vertueux ? A sa façon, DSK a tenté de l’être. «Il s’est trouvé au bon endroit, au bon moment», a résumé François Bourguignon, ex-vice-président de la Banque mondiale. «Lui ou un autre : cela n’aurait rien changé. Si le FMI est revenu au centre de la photo, c’est que la crise fut exceptionnelle», ajoute un diplomate. «Non, il a eu une vue keynésienne de la crise et son bilan est positif», dit Michel Aglietta, économiste au Cepii. Dominique Plihon, président du conseil scientifique d’Attac, reconnaît que l’homme s’en sort au moins par un bon point : «C’est un économiste brillant et intelligent, et cela changeait. Au moins, il avait une vision qui l’a amené très vite à tirer la sonnette d’alarme. Et à implorer les Etats, sur le mode : "Faites de la relance et n’organisez pas la récession généralisée."»
«Pompier». Ce 1er novembre 2007, lorsqu’il prend les commandes du FMI, l’institution de Bretton Woods est au plus mal. Discréditée. Exsangue. L’ex-ministre de l’Economie de Lionel Jospin en a conscience. Il sait à quel point les pays en développement se sentent encore humiliés par des décennies de plans d’ajustements structurels appliqués sous forme de copier-coller. Cette souveraineté nationale contestée, ils n’en veulent plus. «Le FMI était le pompier incendiaire, il devient le pompier douché : au chômage», résume un expert. Il n’a que 20 milliards de dollars de crédits en cours (sept fois moins qu’aujourd’hui). Les ex-pays débiteurs du Fonds ont soldé par anticipation leur ardoise auprès de l’institution. Elle est à sec : 220 millions de dollars de déficit.
DSK «dégraisse» le dégraisseur en chef mondial : 591 fonctionnaires au guichet départ. Il vend une partie de son or… Mais un an passe et, au G20, DSK fanfaronne : «IMF is back.» Les chefs d’Etat, «paniqués à l’idée d’une faillite mondiale», se souvient un diplomate, réhabilitent son rôle. Il récupère 750 milliards de dollars… au cas où. On disait le FMI mort. Il revit. Pour DSK, c’est tout bénéfice. Le voilà au centre de la photo. «Le G20 a compris que le nettoyage du système financier était un préalable à une relance et une régulation efficace», dit-il alors. Et un rééquilibrage Nord-Sud essentiel. Amorcé par une réforme du droit de vote en faveur des pays émergents au sein du FMI. Ou par des prêts sans intérêts à 80 pays pauvres, malgré les réticences américaines. DSK milite aussi pour que le FMI se dote d’outils de prévention de crises. Mais tous les pays, surtout riches, ne voient pas cette immixtion d’un bon œil. «L’incapacité du Fonds à prévenir de la possibilité d’une crise systémique d’une manière précoce, pointue et efficace est un fait qui doit nous rendre humble», dit-il.
«Potion». Car le FMI a toujours été une vigie plutôt myope.
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