On a retrouvé le Yeti – Réseaux, idées et insurrections : réponse au pessimiste Paul Jorion | Rue89

Cher Paul Jorion, je vous ai trouvé bien pessimiste et sombre dans votre dernier billet, le Temps qu'il fait du vendredi 4 février. Vous y évoquez la limite des réseaux sociaux et les incertitudes des insurrections tunisiennes et égyptiennes.

  • Sur la fragilité des réseaux sociaux : « il suffit de couper l'électricité »
  • sur les insurrections en Tunisie et en Egypte : « ce sont surtout les idées qui manquent » (Voir la vidéo)


Les réseaux sociaux ne se limitent pas à l'Internet

Comme on peut le voir en Egypte, « couper l'électricité » ne suffit manifestement pas à interrompre la communication entre les hommes.

D'abord parce que c'est une arme à double tranchant. Couper Internet bloque aussi le fonctionnement des banques, des entreprises, des administrations. Et selon l'OCDE, l'Egypte vient de perdre 90 millions de dollars en cinq jours. Le phénomène d'interdépendance a joué à plein dans ce cas d'espèce.

Ensuite, parce qu'Internet n'est pas le seul instrument de communication. Reste les téléphones portables, les satellites… L'exemple égyptien est éclairant en la matière. Rarement, nous n'avons pu suivre une révolution aussi intensément.

Quant à l'omni-surveillance du réseau, vous voulez savoir ? Je n'y crois pas un instant. A quoi leur sert-elle, leur surveillance, en Egypte, en Tunisie, en Afghanistan ? Ont-ils « vu » quoi que ce soit venir ? Trop de surveillance tue la surveillance, surtout quand de surcroît ceux qui surveillent se révèlent incapables d'interpréter les informations recueillies.

L'histoire avance de façon plus empirique que rationnelle

Je ne pense pas que l'histoire progresse de façon logique et rationnelle : les idées d'abord, puis éventuellement les révolutions pour les appliquer. Les choses me paraissent beaucoup moins « sages », plus empiriques et, oui disons-le, plus chaotiques.

Dans des situations de blocage inextricable, d'institutions figées, de pensées uniques sclérosantes, rien ne peut évoluer sans réactions radicales. Cela vaut pour des pays comme la Tunisie, l'Égypte et le reste du monde arabe en ébullition. Mais aussi, sans doute un jour, dans nos pays occidentaux sous l'asphyxiante férule financière.

Par ailleurs, aucune insurrection n'est jamais menée sans arrière-pensées, donc sans idées. Bonnes ou mauvaises, c'est une autre affaire. Dans les exemples tunisiens et égyptiens, je suis frappé par la maturité, la clarté d'explication des insurgés.

Point de slogans régressifs (islamisme), point d'incantations vengeresses contre un bouc émissaire quelconque (le Grand Satan occidental). Alors quoi ? Peut-être tout simplement, en l'état, une simple aspiration à un peu de liberté, d'égalité, de fraternité.

Ce qui se passera ensuite tient, je l'accorde, de l'aventure et de l'incertitude. Nous savons bien que les forces qui s'opposeront ne sont pas toutes bienveillantes. Le mieux n'est jamais sûr, mais le pire non plus. La destinée de la collectivité humaine n'implique-t-elle pas une prise de risque ?

La force des idées est indispensable mais insuffisante

Je ne pense pas que la force de conviction des idées suffise à conquérir les forteresses établies. C'est je crois la grande faiblesse de nos raisonnements d'intellectuels que de le croire.

De

via www.rue89.com

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