Les graines idéologiques qui avaient été semées depuis de longues années, ont porté leurs fruits de haine. Un jeune homme âgé de 32 ans, Anders Behring Breivik, a assassiné froidement 77 personnes dans un double attentat commis en Norvège, vendredi 22 juillet 2011. A l’explosif contre un bâtiment gouvernemental à Oslo, d’abord, puis ensuite en fusillant méthodiquement des dizaines de participant-e-s à un camp d’été de la jeunesse du Parti travailliste (formation socialiste au gouvernement) sur l’île d’Utoeya. L’assassin avait préparé son crime pendant plusieurs années, au moins depuis 2009 ; et pendant au moins trois ans, il avait rédigé son soi-disant « manifeste », intitulé « 2083 : Une déclaration européenne d’indépendance ».
Ce document indigeste de 1.518 pages, disponible en langue anglaise sur Internet est censé expliquer son délire idéologique. Il avait été envoyé par e-Mail à environ 1.500 personnes, quelques heures avant que le double crime ne soit commis. Quasiment en même temps, un film vidéo d’une durée de douze minutes avait été posté sur « Youtube » ; il comporte une sorte de résumé des thèses idéologiques du tueur.
Cette affaire embarrasse l’extrême droite de plusieurs pays européens. Les enquêteurs norvégiens ont pu identifier un certain nombre des 1.500 destinataires à qui avait été expédié le message électronique comportant le « manifeste ». En Belgique, on trouve un député du parti d’extrême droite « Vlaams Belang », Tanguy Veys, parmi les destinataires. Ce dernier s’est déclaré « ne pas être fier » d’avoir reçu ce message non sollicité, le fameux vendredi du crime.
Geert Wilders, le chantre de la droite « populiste » aux Pays-Bas (17 % aux élections du 09 juin 2010), a évoqué un « camouflet » pour son camp politique. En Grande-Bretagne, la « English Defence League » (EDL), un mouvement d’extrême droite spécifiquement anti-musulman et ayant parfois recours à la violence, est également concernée. Breivik avait encore participé à une manifestation de cette organisation, en mars 2010, pour défendre le droit de Geert Wilders à venir présenter ses thèses virulentes sur « le danger musulman » sur le sol britannique.Le « parti du progrès » norvégien
En Norvège même, le futur tueur d’Oslo avait appartenu, de 1997 à 2006 (année où il a été radié des registres après avoir arrêté de payer ses cotisations), à l’organisation de jeunesse du « Parti du progrès » ou « Fremskrittsparti » (FrP) puis au parti lui-même. Ce parti politique est d’inspiration surtout « poujadiste », Il s’agit d’un parti avant tout hostile aux impôts. Historiquement surtout positionné contre la fiscalité et à l’« Etat-providence scandinave » qu’elle était censé financer, ce parti (à l’instar de ses semblables du « Parti du peuple » au Danemark et d’autres partis en Scandinavie), s’est très tôt aussi opposé à l’immigration. En enfourchant ce dernier combat, le parti a adopté, ces dernières années, un discours qui – tout en restant hostile aux impôts – défend désormais les droits sociaux, mais exige qu’ils restent réservés aux seuls nationaux norvégiens. A la différence d’un parti comme le FN français, le parti norvégien ne fait cependant absolument pas campagne contre « le mondialisme » ou la mondialisation économique – il défend énergiquement le « libre-échange », considérant que la Norvège était du côté des gagnants -, et n’est pas isolationniste en matière de politique étrangère. Ainsi il défend un lien fort entre la Norvège et l’OTAN. Sous sa nouvelle chef Siv Jensen, le parti a adopté une image relativement « moderne », et a obtenu 22,9 % des voix aux dernières élections en 2009. Il es
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