Le
groupe Total, son PDG, Christophe de Margerie, et l'ex-ministre Charles Pasqua se retrouveront l'année prochaine devant le tribunal correctionnel de Paris. Le 28 juillet, le
juge d'instruction Serge Tournaire a décidé d'envoyer en correctionnelle 19
personnes physiques et une
personne morale (Total) pour des malversations présumées dans le
cadre du programme de l'ONU «Pétrole contre nourriture». Total est poursuivi
pour «corruption active, complicité et recel de trafic d'influence» et Charles
Pasqua pour «trafic d'influence et corruption passive».Si
Total et Charles Pasqua seront les accusés «vedettes» d'un procès qui s'annonce spectaculaire, les autres personnes renvoyées
devant le tribunal méritent également qu'on s'intéresse à elles.
C'est notamment le cas de deux diplomates de très haut rang: Jean-Bernard
Mérimée, ambassadeur de France à l'ONU de 1991 à 1995 et Serge Boidevaix, ancien secrétaire général du Quai d'Orsay.
S'ils étaient jugés coupable, cela serait sans précédent pour des diplomates
sous la Véme République. Et c'est aussi la fameuse politique
arabe de la France et ses dérives qui se retrouveront au tribunal après avoir été déjà bien discréditées par les révolutions et les révoltes
populaires des derniers mois. Le Quai d'Orsay avait bien tenté, y compris par une
pétition, de faire porter la responsabilité de son aveuglement sur le seul chef
de l'Etat, mais les compromissions avec les régimes douteux sont une
tradition qui remonte à plusieurs décennies.Ainsi, parmi
les multiples «amis» de la France au Moyen Orient, il y aura eu, entre autres,
Hosni Moubarak, Mouammar Kadhafi, Ben Ali, Bachar el Assad, Rafic Hariri, Hassan II et…
Saddam Hussein.Pétrole contre nourriture
Le
programme pétrole contre nourriture avait été mis en place entre 1996 et 2003 par l'ONU
pour permettre à la population irakienne de moins souffrir de l'embargo imposé
au régime de Saddam Hussein après la première guerre du Golfe. Il autorisait l'Irak à vendre tous les six mois pour deux milliards de dollars de pétrole. L'exportation des barils, l'utilisation des revenus et la distribution des vivres et des médicaments à la population irakienne étaient placées sous la supervision de l'ONU. Toutes les opérations financières passaient par un compte bancaire ouvert par les Nations unies à la BNP à New York. En fait, le système a été totalement détourné via des commissions occultes et des surcharges et a servi à Saddam à
détourner du pétrole et de l'argent et s'acheter ainsi des amitiés et des
soutiens, en Russie, à l'ONU et en France. S
via www.slate.fr