«Je ne suis pas antisystème, c’est le système qui est antimoi»,
«Vous sauvez les banques, vous volez les pauvres»,
«Politiques, c’est nous vos chefs, et nous sommes en train de vous virer». Depuis le début de la semaine, la place de la Puerta del Sol, au centre de Madrid, se réveille chaque jour décorée de nouveaux slogans, de propositions et de protestations griffonnés à la hâte, accrochés en guirlandes qui battent au vent. Echo de la succession d’assemblées et de débats qui s’est ouverte autour du campement de los indignados («les Indignés»).Dans le sillage des quelques centaines de campeurs, viennent se greffer des milliers de sympathisants, qui alimentent un flux de parole continu. Au fil des échanges reviennent les mêmes dilemmes : voter ou non dimanche, lors du premier tour des élections municipales et régionales partielles ? Voter pour qui ? Et pourquoi, surtout ? «On n’a rien à choisir puisqu’ils ont tous le même programme de soumission économique»
, affirme Manuel, 38 ans, ingénieur textile au chômage depuis trois ans. «Mais il ne faut pas leur laisser le terrain, il faut aller voter dimanche et continuer nos mobilisations lundi»
, rétorque Sofia, secrétaire administrative dans une université madrilène.Déclin. La dernière ligne droite avant les élections du week-end s’est révélée plus accidentée que prévu pour les partis. Depuis des mois, les sondages enregistrent le déclin du parti socialiste (PSOE) et les scrutins locaux de dimanche, première convocation aux urnes depuis le début de la crise, se profilent comme un vote sanction pour le gouvernement Zapatero, menacé par une forte abstention. Les 5 millions de chômeurs et le plan d’austérité drastique imposé par Bruxelles sous la pression des marchés ont démobilisé les électeurs de gauche. Les sondages annoncent un repli général des socialistes, menacés dans leurs fiefs : ils risquent de quitter la mairie de Barcelone, gouvernée par les socialistes depuis le début de la démocratie, mais aussi Séville. Ils pourraient aussi perdre le contrôle des îles Baléares ou de la Cantabrie, et même céder le pouvoir dans leurs bastions régionaux comme Castille-La Manche, tout un symbole… Pourtant, personne n’arrive à jauger l’impact réel du mouvement de protestation sur le vote de ce dimanche.
Les coordinateurs ne donnent pas de consigne : «Nous lançons un appel à la réflexion, nous ouvrons les débats et nous invitons la société à participer et à avoir voix au chapitre, insiste Eduardo, l’un des étudiants porte-parole du mouvement de la Puerta del Sol. Nous pensons que le droit de vote est libre et individuel.» Difficile de prévoir comment vont réagir les électeurs de gauche, électrisés par le mouvement qui, en quelques jours, a essaimé des rassemblements à travers une soixantaine de villes du pays.
Les mobilisations font mouche chez une frange de votants socialistes. «Ils ne participent pas forcément, mais viennent voir un peu, pour parler et exprimer leurs doutes, explique Jaime Pastor, professeur de sciences politiques de l’université à distance Uned. Ils ne se sentent pas représentés par ce gouvernement pour lequel ils avaient voté, ni par les syndicats, qui sont perçus comme des gestionnaires de la crise et signent des accords sociaux difficiles à accepter.» L’objectif des élus de gauche a été, depuis des semaines, d’endiguer les désertions en centrant leur campagne sur les enjeux locaux.
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