Ces pratiques ou ces tentations ont toujours existé, et les affaires politico-financières qui ont terni les présidences de François Mitterrand et de Jacques Chirac en témoignent abondamment. Mais jamais elles n'avaient été installées avec tant d'ampleur au cœur du pouvoir comme le démontrent nos révélations qui attestent la place centrale occupée par Ziad Takieddine dans le dispositif sarkozyste. Jamais elles ne s'étaient étendues à ce point jusqu'à contaminer le sommet de l'Etat, ses règles fonctionnelles et ses usages administratifs. Telle est la révélation des documents Takieddine : la promotion de la corruption au cœur du pouvoir exécutif.
N'ayant d'autres compétences que son rôle d'intermédiaire auprès de régimes autoritaires ou dictatoriaux qui échangent des marchés juteux contre une reconnaissance diplomatique, M. Takieddine n'a jamais cessé d'appartenir au premier cercle qui entoure Nicolas Sarkozy depuis qu'il fit ses premières armes, en 1994-1995, sur les contrats pakistanais qui sont au cœur de l'affaire Karachi. Ce Franco-Libanais n'est pas un simple intermédiaire, mais un conseiller occulte. Il fait des notes confidentielles, conçoit la stratégie secrète, participe aux réunions dans les palais de la République, donne son avis politique, transmet ses recommandations diplomatiques, prépare les rencontres avec des chefs d'Etat étrangers, organise les voyages préalables, s'occupe des contacts préliminaires, traduit de l'arabe les documents ou les conversations les plus sensibles, transmet officieusement des messages officiels, etc.
Depuis le retour, en 2002, de Nicolas Sarkozy sur la scène politique nationale, cet activisme militant d'un intermédiaire en vente d'armes ne s'est jamais démenti. Via le principal collaborateur administratif de M. Sarkozy, le préfet Claude Guéant – aujourd'hui devenu ministre de l'intérieur après avoir été son irremplaçable directeur de cabinet comme ministre puis le secrétaire général de l'Elysée –, M. Takieddine n'a cessé d'occuper ce rôle clé dans la sarkozie, aussi bien auprès du ministre de l'intérieur avant 2007 qu'auprès du président de la République depuis 2007. Après le Pakistan de ses débuts, son champ d'action a notamment concerné l'Arabie saoudite – ce que nous avons déjà démontré –, puis la Libye – ce que nous avons commencé à raconter –, mais aussi la Syrie et le Liban, son pays d'origine – ce que nous allons bientôt révéler.
Dans chaque cas, il s'est agi de promouvoir une politique extérieure de la France complaisante sinon complice avec des régimes non-démocratiques, aujourd'hui ébranlés par le vent de liberté du 89 arabe, et notamment les pires d'entre eux, les dictatures libyenne et syrienne. Mais surtout, dans chaque cas, il s'est agi d'en profiter pour obtenir ou tenter d'obtenir des contrats sur des ventes d'armes ou sur des achats de pétrole – ce que démontreront nos prochains épisodes syrien et libyen – au détour desquels l'enrichissement notable de M. Takieddine était garanti par des commissions dont les destinations finales se perdent dans des paradis fiscaux.
Contrairement à ce qu'on avait pu croire avec les révélations constantes de Mediapart, depuis 2008, sur l'affaire Karachi qui ont amené la justice à enquêter sur son volet financier (voir ici notre webenquête, «L'autre affaire qui affole l'Elysée»), M. Takieddine n'est donc pas l'homme d'une seule affaire : cette vente de sous-marins au
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