Ce qui est advenu est tellement consternant, et surtout,
c'était tellement prévisible ; entrée en fonction mardi 5 juillet, la nouvelle directrice générale du
Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, n'a déjà plus, quelques semaines plus tard, les qualités pour occuper cette éminente fonction.
Puisque la Commission des requêtes de la Cour
de justice de la République (CJR) a décidé ce jeudi 4 août d'ouvrir sur elle une
enquête pour «complicité de faux et de détournement de fonds publics» que l'on savait depuis plusieurs semaines quasi inéluctable, qu'elle démissionne du FMI !Le 4-Août ! Il y a là comme un formidable symbole. Pensant profiter d'un passe-droit du fait de sa proximité avec l'Elysée, Christine Lagarde, qui a toujours exécuté avec l'empressement d'une courtisane ce que Nicolas Sarkozy lui demandait, espérait échapper à la justice. En ce jour anniversaire de l'abolition des privilèges, la voilà redevenue simple justiciable, pressée de rendre compte de ce qu'elle a fait du temps où elle était ministre des finances. Le 4-Août de Christine Lagarde…
Oui, tout cela était écrit d'avance. Il suffit de lire le
rapport de la Cour des comptes sur l'affaire Tapie (il est ici; et son annexe, tout aussi sévère, est là) que Mediapart
a révélé le 21 mai dernier (lire Affaire Tapie : le rapport secret qui accable
Christine Lagarde et Tapie – Lagarde: une cascade d'irrégularités budgétaires).
Il suffit de se plonger dans la requête (elle est là) que le procureur
général près la Cour de cassation, Jean-Louis Nadal, a adressée à la Cour de
justice de la République, en vue de l'ouverture de cette enquête pour «complicité de faux et de détournement de fonds publics» sur Christine Lagarde: tout y figurait. Par avance, tout
était dit, consigné. Il suffit aussi de prendre connaissance des très nombreuses enquêtes conduites par Mediapart, et notamment de la dernière en date, sur les étranges protections dont a profité l'arbitre Pierre Estoup (lire Affaire Tapie: la récusation qui éclabousse Christine Lagarde), qui avait caché ses liens avec l'avocat de Bernard Tapie mais que la ministre a refusé de récuser, préférant garder l'affaire secrète. Et, du même coup, la candidature de Christine
Lagarde au poste de patronne du FMI apparaissait sidérante, incompréhensible.
Comme apparaissait choquant le fait que l'Elysée, après quelques hésitations,
la soutienne.Car les griefs formulés dans ces deux documents de la Cour des comptes et du Procureur général contre
Christine Lagarde étaient graves. Ils présageaient donc, sans trop de doute
– même si la justice, par les temps présents, est bien malmenée, et son
indépendance sans cesse menacée –, que celle qui n'était alors que la ministre
française des finances ferait l'objet, forcément, de l'enquête souhaitée par le
procureur Nadal.Comment aurait-on pu en douter ? C'est écrit noir sur
blanc dans ces documents. Même si c'est sur instruction de Nicolas Sarkozy, qui
est un ami de longue date de Bernard Tapie, Christine Lagarde a pris sur elle
de suspendre le cours d'une procédure judiciaire, qui tournait pourtant à
l'avantage de l'Etat, et a donné des instructions écrites pour que des juges
privés soient saisis d'un litige commercial opposant ledit Bernard Tapie au
Consortium de réal
via www.mediapart.fr