C'est un premier coup de canif dans l'engagement pris par François Hollande de « gouverner autrement ». L’Elysée a pris comme conseiller pour les médias et la culture David Kessler, qui était jusqu’alors le bras droit pour les médias du banquier d’affaires Matthieu Pigasse. Le gouvernement devrait confier à Pierre Lescure, qui arpente depuis de longues années les allées du capitalisme de connivence français, une mission de réflexion sur Hadopi. Ces deux missions, entachées par d'évidents conflits d’intérêts, témoignent d’un détestable mélange des genres entre pouvoir et milieux d’affaires que l’on espérait à tout jamais révolu.
Le fait que le gouvernement engage une concertation sur la loi Hadopi et la Haute autorité à laquelle elle a donné le jour pour organiser la répression du téléchargement illégal n’est pas une surprise. François Hollande en avait pris l’engagement. Mais il s’était prononcé dans des termes assez ambigus, de telle sorte que l’on n'avait pas bien compris quelles étaient vraiment ses convictions sur le sujet.
D’un côté, le candidat socialiste avait fait comprendre qu’il réprouvait les mesures répressives prises par Nicolas Sarkozy, tendant à encadrer et contrôler l’Internet. De l’autre, il s’est bien gardé de reprendre à son compte les positions libérales des associations, telle La Quadrature du Net, défendant les libertés publiques sur la Toile, c’est-à-dire un Internet libre et ouvert. On peut lire à ce sujet, en défense d'Internet, les deux billets de blog d'Edwy Plenel, ici et là, ou se reporter à l'intervention du cofondateur de La Quadrature du Net, Jérémie Zimmermann, lors de la soirée-débat organisée par Mediapart le 16 février au théâtre de la Colline et consacrée à la liberté de la presse.
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