«C’est une étape de plus dans la fumisterie fiscale», entretien avec Camille Landais – Libération

Les propositions de François Fillon vous semblent-elles «justes» fiscalement ?

Sans surprise, les effets d’annonce de la taxe sur les hauts revenus cachent la forêt de mesures qui vont venir peser plus durement sur les bas salaires et les revenus les plus faibles. C’est une étape de plus dans la fumisterie fiscale.

La taxe de 3% annoncée sur les très hauts revenus tient-elle de l’écran de fumée ?

Les recettes d’un tel impôt seront anecdotiques (de l’ordre de 200 à 300 millions d’euros, à comparer aux 1,6 à 2 milliards d’euros de baisses d’impôts pour les très grosses fortunes engendrés par la réforme de l’ISF). Cela tient de l’annonce politique. Mais taxer les riches, en France ou ailleurs, ne réglera pas le problème des finances publiques, qu’il faudra à terme rééquilibrer. Les 1% les plus riches représentaient en France 9% de l’ensemble des revenus en 2006, sans doute de l’ordre de 10% aujourd’hui. Aux Etats-Unis, ils représentent 17% de l’ensemble des revenus. C’est une petite réserve fiscale, mais pas de celles qui permettraient de financer nos écoles, nos hôpitaux, nos services publics. Je suis en revanche consterné, quoique pas surpris, par la stratégie de créer un prélèvement supplémentaire, une taxe ad hoc, sur ces très hauts revenus. On a déjà au moins cinq ou six impôts sur le revenu différents en France. Au-delà du choix électoraliste, quelle est la justification de créer une nouvelle taxe plutôt que d’ajouter une tranche supérieure marginale sur l’impôt sur le revenu ? C’est un signe de plus de la mort de l’impôt sur le revenu, déjà contourné par la multiplication des niches fiscales et dont le rendement n’a cessé de diminuer depuis vingt-cinq ans.

Ne vaudrait-il pas mieux remettre complètement à plat l’impôt sur le revenu ?

Primo, les Français ne feront des efforts en commun que s’ils ont le sentiment d’avoir des règles claires, lisibles et équitables, et non pas une addition de strates, dont tout le monde a le sentiment diffus qu’elles profitent, in fine, plus aux autres qu’à soi. Deuxio, parce qu’on ne trouvera pas des réserves fiscales conséquentes sans une refonte complète de l’imposition des revenus qui rééquilibre taxation des revenus du capital et taxation des revenus du travail.

Quel «boulet» fiscal pèse le plus sur le gouvernement ?

L’ensemble des niches fiscales votées depuis 2007 pèse très lourd dans la balance. Qu’il s’agisse des

via www.liberation.fr

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