«Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égard ni patience» (René Char). C'est en s'attaquant aux trains et aux métros que les graffeurs ont attiré l'attention de la police et des musées. Et si leurs bombes ne contiennent que de la peinture, ils n'échapperont pas aux enquêtes,aux arrestations musclées, aux amendes salées et à la prison ferme. Cematin, le tribunal correctionnel de Versailles a rendu son délibéré concernant le volet civil d'une affaire impliquant 56 graffeurs adeptesdes peintures illégales sur les tôles des métros et trains.
Dix ans après leur interpellation, les prévenus se voyaient réclamer par la RATP, SNCF et Transpole 1,8 million d'euros en guise de dommages et intérêts. Le tribunal ne s'est pas laissé aveugler par les prétentions des parties civiles (le coût réel du dégraffitage est souvent contesté, les devis n'étant pas contradictoires): les amendes ont globalement été divisées par dix, allant de 150 euros à 12.000 euros. Quant aux books saisis lors des perquisitions et mis sous scellés pourles besoins du procès, la demande en restitution a été rejetée. Un jugement qui risque donc d'effacer la mémoire de l'histoire de l'art contemporain.
© Cokney in actionLe volet civil du procès arrive deux ans après son volet pénal rendu le 23 septembre 2009. Si le réquisitoire du Parquet était sévère, le tribunal correctionnel de Versailles l'avait quasiment désavoué «enrequalifiant tous les faits reprochés aux prévenus en dégradation oudétérioration volontaire du bien d'autrui causant un dommage léger», précise Maître Xavier Lagrenade, un avocat des prévenus. Là où le parquet parlait de dégradations graves, en groupe, sur des biens publics, le tribunal affirmera qu'il «est manifeste que les tags doivent s'analyser en simples dessins n'ayant pas altéré la peinture et le support métallique des voitures de transport de voyageurs» au regard des techniques employées pour l'effaçage des rames. «Enconséquence, n'ayant pas retenu que les actes ont été commis enréunion, le tribunal a prononcé des peines d'amendes contraventionnelles qui seront aussitôt amnistiées en application de la loi du 6 août 2002», précise l'avocat. La prison a donc été évitée pour cette fois. Clémence ponctuelle: de récentes arrestations ontdonné lieu à de lourdes peines, et poussé certains graffeurs à la fuite. Le dernier artiste passé devant les tribunaux sans bénéficier d'un effet médiatique a pris 6 mois de prison ferme (il a fait appel).
via www.mediapart.fr