Zeev Sternhell : « Grâce au nationalisme, les revendications sociales ont été neutralisées » – Page 1 | Mediapart

Des villages polonais qu’il fuit pour la France, en butte à l’antisémitisme qui enverra sa mère et sa sœur dans les camps de la mort, jusqu’à l’armée israélienne dont il devient un officier. De sa tentative de refonder le parti travailliste à la création du mouvement La Paix Maintenant. De son étude sur Barrès à ses travaux pionniers et iconoclastes sur le fascisme français. L’historien israélien Zeev Sternhell publie un livre en forme de parcours d’une vie multiple.

Histoire et Lumières – Changer le monde par la raison, livre d’entretiens avec Nicolas Weill, est publié chez Albin Michel.

Pensez-vous vraiment qu’on puisse « changer le monde par la raison » ?

La seule façon de changer le monde, pour le mieux, c'est par la raison. Tout autre démarche qui reposerait sur les passions, les peurs, les espoirs démesurés, ne peut qu'empirer les choses. « Par la raison, on a fait Auschwitz », répondent certains. C'est complètement faux. Le fait qu’on ait employé des moyens techniques relativement sophistiqués pour détruire massivement des êtres humains ne signifie pas qu’il s’agisse d’un acte rationnel. Je reste convaincu que les Lumières et le progrès demeurent des repères pour l’humanité si elle veut avancer dans le bon sens.

Vous avez été, de 1977 jusqu’à 1982, un membre important du parti travailliste en Israël, avant de le quitter quand vous avez jugé qu’il emboîtait le pas de la droite nationaliste. Les intellectuels peuvent-ils avoir un rôle utile dans la vie politique ?

Si l’on regarde mon expérience personnelle, et plus généralement ce qui s’est produit en Israël, l’engagement des intellectuels dans la vie politique a été un échec total. Ce n’est pas toujours le cas. Jaurès, Blum, Lamartine ou Guizot ont été des intellectuels qui ont eu un rôle politique important et intéressant. En Italie, on a aussi quelques exemples pertinents. Mais c’est vrai qu’on n’a guère vu cela en Grande-Bretagne ou en Allemagne, et qu’en Israël, on peut parler de fiasco.

Cela n’empêche pas d’avoir un rôle dans la vie publique. Actuellement j’y contribue à travers ma chronique régulière dans le journal Haaretz, un des derniers bastions du libéralisme de gauche dans mon pays. Je pense que la mission des intellectuels reste de poser le doigt là où ça fait mal et de se mettre du côté des faibles et des perdants, sans se soucier des puissants ni des idéologies nationales qui voudraient réduire au silence ceux qui ne rentrent pas dans le rang. La fonction fondamentale de l'intellectuel est la fonction critique.

Un des paradoxes d’Israël, bien qu’il s’agisse d’une des sociétés les plus inégalitaires du monde occidental, est que la plupart des personnes qui se trouvent au bas de l’échelle sociale acceptent leur sort au nom des dangers qui pèseraient sur la patrie. Grâce au nationalisme, les revendications sociales et les aspirations légitimes à plus d'égalité ont été neutralisées.

Existe-t-il encore une gauche issue des Lumières en Israël ?

Zeev SternhellZeev Sternhell

La gauche israélienne n’existe plus, à l’exception du Meretz qui reste un tout petit parti. Le parti travailliste n’est plus, depuis longtemps, un parti de gauche. Quasiment plus personne ne défend la justice sociale, le sort des Palestiniens, l’égalité réelle avec les citoyens arabes israéliens… Il faut vous représenter une situation où la droite israélienne, qui e

via www.mediapart.fr

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