Ce qui s'est passé ce 1er mai n'est qu'«un détail dans la vaste mort de l'islamisme politique en arme dans le monde», résume Kamel Daoud dans le Quotidien d'Oran: «La mort de Ben Laden signe la fin d'une époque et d'une illusion. Celle où beaucoup ont cru que l'islamisme politique était une solution et le djihadisme, une lutte», ajoute-t-il en harmonie avec la plupart des éditorialistes arabes. «C'est un fait divers international et pas un événement. Le monde arabe l'a dépassé depuis quelques années, et brusquement le martyre de Bouazizi (le vendeur ambulant tunisien qui s'est immolé le 17 décembre 2010) a fait preuve d'un courage que cet émir autoproclamé n'a pas eu : offrir sa vie au lieu de prendre celle des autres. Du coup, lorsqu'on regarde les TV du monde depuis hier, on a presque l'impression qu'elles traitent d'un acteur de notre préhistoire. En l'espace de trois mois, on a déjà presque oublié cet homme et ses fatwas ou kamikazes. Les croisades qu'il dénonçait, nous les subissions par les armes et les chars de nos dictateurs musulmans et l'Otan est réclamée pour sauver des peuples. Qui a tué Ben Laden? À peine les Américains. Sur la liste de ce qui l'a tué vraiment, il y a la solution turque avec des islamistes assimilés, une formule qui a dispersé les partisans de Ben Laden et les admirateurs de sa solution. Bouazizi lui a enlevé l'aura du martyr possible, la place Ettahrir lui a ravi la vedette et le podium de la lutte, le cri des Benghazi a démodé ses avions tueurs, Youtube a déclassé ses enregistrements vidéo, n'importe quel jeune sur Facebook vaut et pense mieux que son Ayman Zawahiri. Ben Laden est mort? C'est le lendemain d'un avant-hier. A peine intéressant. Les Arabes ont mieux à faire: arracher leurs libertés et décapiter leurs dictateurs.»
Qui s'en souvient encore? Pour revendiquer à partir de l'Afghanistan les attentats du 11 septembre 2001, Oussama Ben Laden passait par Al-Jazira. Le monde entier découvrait tout à la fois le visage de chef du réseau terroriste Al-Qaïda et une chaîne d'information panarabe au ton libre et incisif qui défendait une autre vision du conflit déclaré, une autre vision du monde
via www.mediapart.fr