Dans un pays qui a un appétit féroce pour le prétoire, comme en témoigne la culture populaire – des Douze hommes en colère, de Sidney Lumet, à Autopsie d'un meurtre, d'Otto Preminger ,- l'affaire a très vite envahi les écrans, avec son déballage "sordide" de caractères, comme dit le New York Times : l'accusée, qui n'a jamais fini le lycée, enceinte à 19 ans ; son père, un ancien détective spécialisé dans les homicides, mari infidèle – et la défense n'a pas manqué de dévier les soupçons sur lui. La mère, qui a essayé de couvrir sa fille en affirmant que c'était elle et non Casey qui avait cherché "chloroforme" et "briser le cou" sur son ordinateur ; l'avocat aux dents longues, ancien vendeur de maillots de bains (sous la marque Bon Bon kini) longtemps interdit de barreau pour avoir montré un "total manque de respect pour le système judiciaire", selon la Cour suprême de Floride.
Sans oublier les policiers du comté. Alertés sur un sac-poubelle suspect en août 2008, ils ne se sont pas rendus sur place avant décembre. Quand les restes de la fillette ont été retrouvés, il était trop tard pour établir avec certitude les causes de la mort, ni même la date. La défense a pu continuer à plaider que l'enfant s'était noyée dans la piscine de ses grands-parents.
Casey Anthony a refusé de témoigner, et le juge ne l'y a pas obligée. Elle aurait eu du mal à expliquer comment elle a pu vivre comme si de rien n'était pendant trente et un jours, sans même signaler la disparition de sa fille. Mieux, elle a fait la fête. Boy-friends, boîtes de nuit… Sur l'épaule, elle s'est fait tatouer un emblème "Bella vita", comme la vie, désormais, sans cet enfant qui l'empêchait de sortir (thèse de l'accusation). A sa mère, qui demandait des nouvelles, elle répondait que Caylee était gardée par une baby-sitter appelée Zanny. Elle prétendait avoir trouvé un job aux studios Universal. Tout était inventé.
En prison, elle a écrit des lettres à une codétenue. C'est un mélange d'innocence confondante et d'invocations religieuses. Le procureur entend obtenir sa condamnation à mort, mais la jeune femme remarque qu'elle a encore des traces de vernis à ongles sur les pieds, après six mois de détention. Elle se dit qu'elle va changer de nom, mais, côté cheveux
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