Quel symbole ! Le Figaro a choisi le jour – lundi 14 février – où les sénateurs ont voté en première lecture une loi encadrant plus strictement les sondages politiques afin de mieux « garantir la sincérité du débat » public, pour publier un sondage sur la justice agrémenté d'une des plus grosses perles de la mauvaise foi journalistique en matière de sondages.
Il s'agit d'une enquête d'opinion sur les Français et la justice, après l'affaire Laëtitia et la fronde des juges. Comme une sorte de défi lancé aux sénateurs, Guillaume Perrault, journaliste au Figaro, semble nous dire :
« Tous les redressements, marges d'erreurs et autres notices du monde ne m'empêcheront pas d'ajuster le sondage à ma vision Sarko-centrée du monde judiciaire. »
Les Français « soutiennent fortement Nicolas Sarkozy »
Il nous présente sans échauffement les résultats dudit sondage :
« Les Français soutiennent fortement l'exigence d'une responsabilité accrue des magistrats défendue par Nicolas Sarkozy au lendemain du meurtre de la jeune Laëtitia, selon le sondage réalisé par l'Ifop pour Le Figaro les 10 et 11 février. »
Il nous apprend dans la foulée que :
« Les personnes interrogées sont 62% à réclamer des sanctions à l'encontre des juges qui commettent des erreurs d'appréciation aux conséquences dramatiques, comme la sous-estimation du danger de récidive d'un condamné. »
L'ennui, c'est que c'est juste faux. La question n'aborde ni de près ni de loin le danger de la récidive. La question était :
« Etes-vous favorable ou défavorable à ce que l'on sanctionne les juges en cas de faute ayant entraîné une erreur judiciaire ? »
Une insulte à l'intelligence des lecteurs du Figaro
Non seulement une « faute ayant entraîné une erreur judiciaire » n'a rien à voir avec une « erreur d'appréciation » fut-elle aux « conséquences dramatiques », mais en plus c'est presque le contraire : l'erreur judiciaire recouvre dans l'esprit du public tout autant (si ce n'est plus) les cas où l'on a envoyé un innocent en prison, que ceux où elle laisse courir un criminel.
La sous-estimation du danger de récidive « aux conséquences dramatiques » fait clairement référence, elle, à l'affaire Laëtitia. En la trafiquant là encore quelque peu puisque l'homme, tout monstre soit-il, avait des antécédents sur d'autres types de crimes mais pas en tant que meurtrier et violeur de femmes.
Le commentaire du Figaro est une véritable insulte à l'intelligence de ses lecteurs. En détournant aussi ouvertement un sondage, c'est-à-dire en attribuant un chiffre à une question qui n'a jamais été posée, le Figaro ne prend même plus la peine de faire semblant. Il ment, ça se voit, il s'en fout. L'Ifop, lui, s'en tient prudemment à des commentaires plus neutres.
Ce qui n'empêche pas le sondage, avant même tout commentaire interprétatif, d'être efficacement formaté pour gagner à tous les coups sur la thèse qu'il défend.
La critique p
via www.rue89.com