La presse mexicaine très sévère avec Sarkozy mais aussi avec Calderón | Mediapart

Mais l'enjeu de tout ce feuilleton ne semble pas uniquement diplomatique. Plusieurs journalistes se sont aussi saisis de l'incident pour mettre en évidence les problèmes sécuritaires et de corruption qui touchent le Mexique.

Le journal El Manana se réjouit que «cette fois l'honnêteté, la transparence, l'éthique et la véracité de la justice mexicaine soient un problème international», alors que selon le journaliste «les juges, les magistrats et même la Cour suprême ont trop souvent montré leur faiblesse face au pouvoir politique et au pouvoir de l'argent». Dans le journal El Universal, Alexandra Cullen établit une comparaison entre l'affaire Florence Cassez et celle d'un jeune Mexicain, accusé d'avoir tué son cousin et dont l'histoire a fait l'objet d'un documentaire «Présumé coupable»«Ce présumé coupable, c'est moi, c'est vous, c'est votre meilleur ami… Notre besoin de réponse au désastre que nous sommes en train de vivre nous fait confondre rancœur et justice. Les innocents condamnés sont des milliers.»

 

Dans son édition de mardi 15 février, El Financiero, quotidien économique, s'inquiète, pour sa part, particulièrement des suites judiciaires de l'affaire si Florence Cassez était renvoyée en France. Selon lui, «la demande de Cassez de rentrer en France profiterait au crime organisé», car l'autorité perdrait toute crédibilité alors que le pays est en proie à une augmentation des enlèvements. «Le président Calderon enverrait un très mauvais message s'il autorisait le transfèrement de Cassez en France et si sa peine était révisée», ajoute-t-il.

Car le «cas Cassez» est aussi utilisé par le président mexicain à des fins électorales, affichant ainsi une égalité des peines, et un exemple de réussite de sa politique sécuritaire. Mais cette politique inquiète certains journalistes. Garcia Luna, actuellement ministre de la Sécurité publique, chargé de la lutte contre les cartels de la drogue, est l'ancien chef de la police. Il est considéré comme l'homme le plus puissant du Mexique et vient de recevoir les félicitations d'Hillary Clinton. Pourtant, dans l'affaire Cassez, Garcia Luna est à l'origine d'une mise en scène de l'arrestation de la jeune femme, le 9 décembre 2005, qui a largement envenimé les relations avec la France.

Ainsi, le journal local La Vanguardia s'interroge sur l'influence du ministre de l'intérieur sur le président mexicain, sans détour: «Pourquoi Calderón est-il sous l'emprise de García Luna ?». Car si le journal estime que le Mexique a réagi avec autant de démesure que la France, il remet surtout en question l'indulgence dont bénéficie le ministre de l'intérieur. Il estime ainsi que «le président Calderón pourrait prendre une décision extrême en se désolidarisant de ces procédés qui ont, à raison, tant déplu aux Français. Paris vaut bien un limogeage, celui du ministre de l'intérieur.» «Depuis le début de son mandat, sous prétexte de mettre au cœur de son action la lutte contre la criminalité organisée, Calderón a dangereusement laissé le champ libre aux forces armées et à la police», ajoute le journaliste.

via www.mediapart.fr

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