Sang pour sang Borgia jusqu’au boomerang- Libération

Sans doute la plus belle bande de dégueulasses que l’histoire ait jamais portée. La grande histoire de la Renaissance italienne mais aussi le cortège de petites histoires périphériques qui font le miel des amateurs de chausse-trapes, portes dérobées et autres bagues empoisonnées. Les Borgia ont tout pour plaire, et nourrissent d’ailleurs avec une belle constance et depuis plus de cinq cents ans l’inspiration de tous ceux que les coups tordus et les passions sanguinaires font fantasmer. Du grand Alexandre Dumas qui conta leur histoire en mode journalistique dans ses Crimes célèbres, à l’épatant Christian-Jacque, dans une veine plus mineure (quoique rigolote, rappelons que c’est Martine Carol, la réponse française à Lana Turner, qui incarne ici la préraphaélite Lucrèce) ; jusqu’à Mario Puzo qui ne se cacha jamais d’avoir calqué son Parrain-Don Corleone sur Rodrigo Borgia. Son fils, Cesare, de son côté, restera gravé dans les mémoires, sous la plume de son contemporain Nicolas Machiavel, qui en fera son «Prince».

Petites formalités

Aujourd’hui, après les jeux vidéo (Assassin’s Creed), c’est la télévision qui se penche sur leur cas, en majesté, c’est-à-dire en mobilisant les plus grands. Après le cinéaste britannique Neil Jordan, commissionné en 2010 par la chaîne américaine Showtime (Dexter) pour réaliser une série sur les Borgia (avec Jeremy Irons dans le rôle du pape, miam), c’est le tour de Tom Fontana, génial créateur d’Oz (série carcérale qu’on peut calmement qualifier de chef-d’œuvre) de s’attaquer au mythe pour Canal +. C’est vrai qu’il y a quelque chose de mythologique chez les Borgia.

C’est en tout cas l’hypothèse séduisante de Klabund, maître de la littérature allemande du début du XXe siècle, dont on redécouvrira le roman sur les Borgia réédité en septembre. Pour lui, les Borgia sont des descendants en ligne droite des majestueux centaures. Mi-hommes, mi-animal. Dotés à la fois de l’intelligence humaine la plus acérée et de la cruauté la plus sauvage. Il y a de ça.

L’histoire débute avec la naissance de Rodrigo Borgia à Valence en 1430 au cœur d’une richissime famille espagnole. Beau comme un dieu, l’enfant montre très tôt tout un tas de prédispositions qui font la joie et la fierté de ses parents. Ce sont d’abord son intelligence et son goût de l’étude qui frappent chez Rodrigo Borgia : à 20 ans, il est avocat. Son oncle, le cardinal Alfonso Borgia, sollicite souvent ses conseils éclairés. Est-ce lui qui lui transmet à ce moment cet appétit du pouvoir qui deviendra la marque des Borgia ? Peu probable si on s’appuie sur les descriptions dont on dispose, une vieille baderne rhumatique, mais néanmoins réveillé du côté de popaul, puisqu’il trouvera quand même le temps entre sa fonction de cardinal et celle de pape, de concevoir trois enfants.

Sacré Calixte III, en 1455, Alfonso invite son neveu Rodrigo à s’installer à Rome. Avec lui, les Espagnols sont dans la place, bien décidés à kidnapper pour de bon la papauté ordinairement réservée aux seuls Italiens. Rodrigo sera le maître d’œuvre de ce hold-up. Mais d’abord il lui faut accumuler d’autres richesses. Ça tombe bien, Calixte III n’est pas au mieux, et très vite Rodrigo prend le guidon d’abord en tant que cardinal, puis vice-chancelier. Bien sûr, il lui faudra s’acquitter de quelques petites formalités au préalable. Apprendre à dire une messe, sans boire d’un trait le calice de vin rouge, en évitant de gober l’hostie ou de la mâchouiller bruyamment. Trop pressé sans doute de rejoindre sa veuve joyeuse préférée, la Vannozza, à qui il fera quatre enfants. Quatre petits Borgia, qui dans le sillage de leur père tricoteront la légende.

Août 1492. Innocent VIII se meurt, c’est enfin l’heure des Borgia. Ça fait vingt-cinq ans que Rodrigo Borgia attend ce moment. Mais il lui reste à surmonter l’hostilité suscitée par ses origines e

via www.liberation.fr

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