Pourquoi le Mexique laisse mourir ses journalistes | Mediapart

Un triste rappel à
la réalité le jour de la fête nationale. Le 16 septembre 2010, alors que le
Mexique fêtait le 200e anniversaire de son indépendance, Luis Carlos Santiago
Orozco, 21 ans, photoreporter du journal de Ciudad Juárez, était criblé de
balles dans sa voiture, à la sortie d'un centre commercial. Trois jours plus
tard, le journal qui l'employait, le Diario de Juárez publiait un éditorial empreint d'un
désespoir qui a secoué tout le Mexique. Dans ce texte intitulé «Qu'attendez-vous
de nous ?
», le rédacteur
en chef du journal de Juárez, la ville qui bat le record du nombre d'assassinats
au Mexique, s'adressait directement à ces «Messieurs qui se disputent la place de Ciudad Juárez et qui
possèdent de fait le pouvoir dans cette ville
». Deux ans après l'assassinat d'un
journaliste de cette même rédaction, l'équipe du Diario de Juárez a voulu frapper fort en rappelant
l'inaction suspecte des autorités locales incapables de freiner la violence et
d'élucider des crimes portant atteinte à la liberté de la presse.

 

 

La Une du Diario de Juarez avec l'éditorial : “Qu'attendez-vous de nous ?”

La Une du Diario de Juarez avec l'éditorial : “Qu'attendez-vous de nous ?”

 

La mort du
photographe du Diario de Juárez alourdit encore un peu plus le macabre compteur
des attaques contre les journalistes au Mexique : soixante-neuf assassinés et douze disparus
depuis 2000, sans compter les agressions, les intimidations et les enlèvements
contre rançon. Il y a «un nombre incalculable de violences», reconnaît Maria Yolanda Valencia,
députée et présidente de la commission de vigilance des attaques contre les
journalistes. Depuis 2000, le nombre de crimes augmente. Déjà douze tués depuis le
début de l'année. Une situation que Benoît Hervieu, responsable de
l'observation de la région Amériques chez RSF, qualifie d'«effrayante». «Toujours le même niveau
d'impunité. Les crimes, qui touchaient le plus souvent des journalistes locaux,
atteignent maintenant les médias nationaux
», observe-t-il.

Roberto Mora García
était un journaliste reconnu dans l'Etat de Tamaulipas, frontalier des
Etats-Unis. Ce rédacteur en chef, qui n'hésitait pas à dénoncer les complicités
entre les autorités locales et les cartels de drogue, travaillait au journal El
Mañana
. Dans la nuit du
19 mars 2004, il rentre chez lui et est assassiné de vingt-six coups de couteau en bas
de son immeuble. Une semaine après, sans ordre de justice, la police arrête les
deux voisins de Roberto Mora : Mario Medina et Hiram Oliveros, les deux jeunes
hommes qui ont signalé le crime à la police.

L'enquête prend alors une drôle
d'allure : le suspect et son présumé complice désignent une tierce personne
comme étant coupable du meurtre. Mais leurs «accusations» se
heurtent à une évidence : cette personne était bien loin au moment du
meurtre. Les deux accusés se rétractent alors. Mario Medina est torturé. Il
avoue un crime passionnel, donne des versions contradictoires. Et est
finalement retrouvé poignardé de quatre-vingt-huit coups de couteau dans la prison deux mois
plus tard. Le crime commis contre Roberto Mora est pourtant aujourd'hui le seul
comptabilisé comme «élucidé» parmi les soixante-neuf assassinats en dix ans !

Torture, impunité,
fabrication de témoins et de coupables. «Ce cas réunit tou

via www.mediapart.fr

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