Maria de Medeiros, absolument à gauche – Libération

Maria de Medeiros vient d’une autre planète, pourrait bien être une fée. C’est ce qu’on se disait en allant à sa rencontre, avec en tête ses grands yeux gris vert, son visage lunaire et le mystère qui semble immanquablement la nimber. Confirmation, la voilà qui se déclare «plutôt paresseuse, j’adore dormir trop tard par exemple…» Comment ça ? Quand ça ? Sa filmographie d’actrice est longue comme le bras, à laquelle il faut ajouter celle, non négligeable, de réalisatrice, et une discographie (de chanteuse) récente mais saluée par la critique. Sachant qu’au chapitre «vos plaisirs non professionnels», «les enfants» arrivent en tête devant «les chevaux, l’eau, la lecture». Elle a deux filles, Julia et Leonor, 13 et 7 ans, dont le père est son compagnon, le décorateur de cinéma catalan Agusti Camps.

Aucun stress, pas l’ombre d’une impatience. Elle vous enveloppe d’un regard bienveillant et sourit, sourit, quasi constamment. Et ses réponses coulent, fluides alors que sophistiquées, quasi littéraires. Comme : «Je suis absolument féministe dans le sens où je refuse d’accepter tout raisonnement qui défendrait une supériorité "naturelle" d’une partie de la population sur une autre. Je suis convaincue que tous les fascismes découlent de là, dans le sexisme qui s’exerce pour commencer au sein de la famille.» Maria de M. a l’air droit sortie d’un manga mais relève clairement de l’«actrice intello» type Balibar, la théâtralité en moins.

Elle-même ne dit rien de tel ni d’un quelconque superpouvoir, parle juste de «gymnastique de l’esprit». C’est à propos du fonctionnement linguistique de sa famille qui s’établit comme suit : chacun des parents s’adresse aux filles dans sa langue natale (le portugais pour elle, le catalan pour lui donc), quand les filles échangent entre elles en français et les parents entre eux en espagnol. «Bien sûr que ça marche», répond-elle quand on entrevoit une tour de Babel facteur de bordel.

La gymnastique de l’esprit, Maria de Medeiros y est rompue depuis le plus jeune âge. Née de parents tous deux portugais, elle a grandi à Vienne dans le sillage d’un père pianiste-compositeur-chef d’orchestre, fils d’une chanteuse lyrique, venu compléter sa formation dans la capitale de la musique classique. Scolarisées dans des établissements français, Maria et sa sœur Inès parlent portugais en famille, allemand à l’extérieur. Illico trilingues. L’art aussi, va de soi. «Des musiciens venus du monde entier passaient constamment à la maison, des Iraniens notamment qui avaient fui le régime du Shah. Il faut dire que tout en attirant beaucoup les artistes, Vienne a toujours été assez xénophobe, ça rapproche les étrangers», souligne celle qui vient de tourner Poulet aux prunes de Marjane Satrapi, un temps pensionnaire dans la capitale autrichienne («On n’a pas arrêté de se faire des blagues en allemand»). Dans cette bulle bohème cosmopolite, l’enfant Maria apprend le violoncelle et dessine, «tout le temps, partout». Elle envisagera longtemps les Beaux-Arts avant qu’un prof de philo passionné de théâtre ne la pousse, lycéenne, vers les planches. Aujourd’hui encore, Maria de Medeiros dessine les storyboards de ses films.

A neuf ans, l’agile gamine achoppe devant un saut périlleux. On est en 1974, la Révolution des œillets est en cours au Portugal, et les parents Medeiros, «absolument de gauche», décident de rentrer au pays. «J’étais viennoise, moi, j’aimais l’ordre, la rigueur, la propreté, et là, j’arrive dans un chaos hallucinant. On est traînées dans des manifestations, des inconnus nous embrassent à tour de bras… Ah oui, j’ai eu beaucoup de mal.» Ce n’est que plus tard que Maria de Medeiros réalisera «l’aubaine» d’avoir côtoyé les héros des Œillets, grâce à sa mère journaliste politique. Elle leur consacrera son premier long-métrage, Capitaines d’avril, aboutisse

via www.liberation.fr

0 0 votes
Évaluation de l'article
S’abonner
Notification pour
guest
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
Translate »
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x