Mais que l'Europe se décide à racheter collectivement de la dette grecque serait plutôt une bonne nouvelle…
Cédric Durand. La vraie question, c'est celle de la légitimité de la dette. Cette baudruche qui a gonflé au cours des dernières décennies. Comment savoir si elle est légitime, ou pas? Une part de la dette a certes été contractée par de petits épargnants, par exemple via les fonds de pension. Mais l'autre partie correspond à de la pure création monétaire, par le système bancaire. Des banques et des fonds d'investissement ont dégagé, par l'effet de levier, des moyens financiers colossaux pour acheter cette dette, à partir de rien. L'argent qu'ils ont prêté aux États, au départ, n'est donc pas réel. En revanche, l'argent qu'ils exigent de recevoir en remboursement, lui, existe bien.
Il faut donc déconstruire ce mythe de l'argent qui est dû. La situation est d'une violence ahurissante en Grèce, il faut le rappeler. Quelques chiffres: des revenus ont diminué de 25% en deux ans, un plan de privatisations qui est de 50 millliards de dollars en cinq ans, soit 20% du PIB, c'est un état de guerre économique, le terme n'est pas exagéré, et qui pose la question: jusqu'à quel point continuer ce jeu? Je suis favorable à un moratoire sur le paiement des intérêts de la dette, et à un audit, qui permette de dire quelle dette est légitime, et quelle dette peut être annulée.
Henri Emmanuelli. Mercredi matin, nous débattions à l'Assemblée de la «règle d'or» d'équilibre des finances publiques. Le garde des Sceaux expliquait, avec des trémolos dans la voix, que nous n'avions pas le droit d'hypothéquer le sort des générations futures. Je n'y crois pas une seconde, à ce sacrifice des générations futures… L'Empire romain, quand c'était nécessaire, décidait d'annuler les dettes, point à la ligne. La vraie question, c'est faut-il faire défaut ou pas?Vous êtes pour l'annulation de la dette grecque? Ce n'est pas la position du parti socialiste.
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