La frénésie «Friends» continue – Libération

Tout le monde a oublié Leah Remini. C’est injuste car, à peu de choses près, cette actrice américaine de 41 ans, abonnée aux téléfilms de seconde catégorie, aurait pu devenir l’icône d’une génération et se mettre à l’abri du besoin pour le restant de ses jours. Or, en 1994, ce fut Courteney Cox qui fut choisie à sa place pour incarner Monica Geller, la jolie brune maniaque de la série Friends. Comble de la cruauté, l’infortunée Leah Remini fit une apparition furtive dans l’épisode 22 de la première saison pour retourner ensuite à sa paisible carrière, nourrissant sans doute pendant les dix années suivantes, l’amertume d’avoir manqué le gros lot de si peu.

Car jusqu’en 2004, six jeunes New-Yorkais – Courteney Cox, donc, Jennifer Aniston (Rachel), Lisa Kudrow (Phoebe), Matthew Perry (Chandler), Matt LeBlanc (Joey) et David Schwimmer (Ross) – ont boulonné devant le poste de télé le monde entier à chacune de leurs apparitions hebdomadaires. Sept ans après la fin de la série, le programme est toujours rediffusé en boucle dans d’innombrables pays, dont la France, et les coffrets DVD restent des valeurs sûres au rayon des cadeaux. Quand la série s’acheva, le 6 mai 2004, l’Amérique était fidèle au poste et au garde à vous. Trois heures durant, NBC a diffusé les meilleurs moments, des tombereaux de bêtisiers et d’images inédites, des témoignages de fans célèbres ou anonymes, pleurant à chaudes larmes le départ de leurs amis. Accessoirement, la même NBC vendait à hauteur de 2 millions de dollars (1,4 millions d’euros) les trente secondes de pub dans le dernier épisode de soixante minutes. En tout, vingt-deux écrans pub et des spots spécialement réalisés pour l’occasion. Il n’y a que le Superbowl pour atteindre des sommets pareils.

Trop cool, la coloc !

Au-delà des performances chiffrées, le plus vertigineux reste la manière dont Friends, au fil des années, s’est incrustée dans la vie quotidienne des jeunes occidentaux. Durant la décennie où la série était diffusée, les garçons disaient «How you doin’» pour draguer, comme Joey, ou s’efforçaient de lancer des vannes cyniques, comme Chandler, tandis les filles se coiffaient comme Rachel ou fredonnaient Smelly Cat («Tu pues le chat»), la chanson de Phoebe. Dans les réunions entre amis, il était de rigueur que chacun dise de quel «Friend» il se sentait le plus proche. Pour les étudiants, le principe de la colocation était devenu un mode de vie trop cool. Sans même évoquer les débordements les plus regrettables. Dans une interview, Matthew Perry confiait avoir été lui-même un peu effrayé en lisant qu’un couple américain, parents comblés de triplés, avait prénommés les bébés Joey, Chandler et Ross : «J’aurais compris pour une portée de chiens, mais là… Wow !»

La série Friends a donc agi comme un miroir des années 90 et 2000, aussi fidèle que les spectateurs pouvaient le concevoir. A l’écran, ils étaient nous. Ce que nous étions, ce que nous avions été quelques années auparavant ou ce que nous allions bientôt devenir. Ni meilleurs ni pires, et juste un peu plus drôles. On pourrait citer des films ou des romans qui, en leur temps, ont eu une telle influence sur leur époque, mais très peu de séries, même celles qui ont rencontré un succès critique et public plus important que Friends. Les Sopranos, Six Feet Under, Twin Peaks, Sex and the City, The Wire et bien d’autres ont fait, à juste titre, l’admiration des amateurs du genre, mais, à l’exception peut-être de Seinfeld ou, dans les années 60, de I Love Lucy, parangon de la sitcom familiale avec Lucille Ball, rien n’a pu approcher le phénomène Friends et l’intimité qu’il entretenait avec son public.

A cela, il y a au moins deux explications. La première tient à la conception même de la série. Quand Marta Kauffman et David Crane, deux scénaristes amis depuis v

via www.liberation.fr

0 0 votes
Évaluation de l'article
S’abonner
Notification pour
guest
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
Translate »
0
Nous aimerions avoir votre avis, veuillez laisser un commentaire.x