Grèce : pourquoi il faut desserrer l’étau de la dette | Rue89

Il faut cesser de palabrer autour du problème de la dette grecque, espagnole, portugaise et italienne. Tout comme il faut cesser de s'illusionner sur la capacité de ces pays à rembourser leurs dûs tout en se soumettant à des cures de rigueur.

Les situations de ces pays sont toutes différentes. Si la dette grecque atteint 142% du PIB, celle de l'Espagne n'est qu'à 60%. Moins que la France et celle du Portugal qui culminent à 80%. Le déficit public grec se situe à 10,5% du PIB, l'espagnol à 9,2% et le portugais à 7%. Des plans drastiques de restrictions budgétaires sont engagés dans tous ces pays, que ce soit pour répondre aux exigences de la zone euro emmenée par l'Allemagne, qu'à celles du FMI (Grèce, Portugal, Irlande), ou encore à celles, spontanées, du gouvernement (comme en Grande-Bretagne).

La rigueur : tensions politiques et difficultés de remboursement

Qu'on le veuille ou non, ces plans ne peuvent que freiner la croissance et l'emploi, et ainsi réduire la capacité de remboursement des pays endettés. Dans ces conditions, leurs taux de chômage déjà élevés – 20% en Espagne, 12% en Grèce, 10% au Portugal – ne peuvent que monter. Pire, dans tous ces pays, le chômage des jeunes de moins de 25 ans est au double, soit 40% en Espagne et 20% ailleurs, comme en France. Rien d'étonnant donc au mouvement « d'indignation » espagnol, qui a été précédé par des manifestations violentes de la jeunesse grecque et pourrait se prolonger aussi en France, en Italie voire en Grande-Bretagne.

Si les pays d'Europe du nord ont depuis longtemps bâti un système d'emploi plus favorable aux jeunes, ces plans créent un risque politique que les marchés sanctionnent par ailleurs. La faible croissance génère des recettes fiscales réduites, appauvrit les administrations publiques et rend le remboursement des dettes plus difficiles.

Les Allemands « donneurs de leçon » ne sont pas plus travailleurs

C'est sur ce point précis que la pression allemande est la plus contre-productive. Le mépris affiché vis-à-vis des pays que certains regroupent sous le sigle « PIGS » (Portugal, Italie, Grèce et Espagne), où l'on ne travaillerait pas assez, où les vacances seraient trop longues et l'âge de la retraite trop précoce, est complètement infondé.

Selon une étude de l'économiste Patrick Artus tirée des chiffres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les Allemands travaillent annuellement 1 390 heures, les Espagnols 1 654 heures, les Portugais 1 719 heures et les Grecs 2 119 heures. De même, si l'âge légal de la retraite est désormais passé à 67 ans plus tardif en Allemagne, l'âge effectif de retraite est quasiment le même en dans ce pays (62,2 ans), en Espagne (62,3) et au Portugal (62,6). L'âge de retraite grec est de 61,5 ans, donc peu éloigné des autres.

La dette grecque doit être restructurée

La rechute économique de la Grèce avérée, que proposent les Européens et, sous leur pression, le gouvernement grec ? Des privatisations et plus de rigueur encore. Nul ne songe à exonérer les gouvernements grecs passés du laxisme fiscal qui a conduit le pays là où il est. Mais pourtant, les jeunes Grecs ne sont pas plus responsables de cette situation que les jeunes Espagnols ou Français ne le sont de l'endettement de leurs pays respectifs !

La stratégie de l'Europe est une impasse totale face au fléau du chômage des jeunes. Jamais la Grèce ne sera à même d'honorer ses dettes, et il n'est pas sûr que l'Espa

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