A long terme, il faudra de la croissance, mais
faible. Il n'y a pas forcément besoin de croissance pour se développer,
contrairement à ce qu'on nous a toujours dit. Depuis trente ans, la
croissance n'a pas du tout servi au développement. Au contraire, elle a
produit du sous-développement, y compris aux Etats-Unis: la
désindustrialisation a transformé des vies stables en vies instables,
très précaires. La même chose s'est produite en Europe.La
croissance sert toujours les intérêts des plus riches, pas ceux de la
vaste majorité de la population. On nous a toujours dit qu'il était plus
facile de redistribuer avec une croissance plus forte. Mais ce n'est
pas cela qui s'est passé. Regardez les pays qui ont une forte croissance
aujourd'hui, l'Inde par exemple: l'année dernière, le nombre de
milliardaires y a doublé. Certains s'en sortent très, très bien. Mais ce
n'est pas pour autant que tout le monde en profite. Même chose en
Chine, où les inégalités sociales sont gigantesques.
Pour autant, la
notion de croissance zéro me pose problème. Nous sommes en situation de
croissance démographique. Proposer la décroissance à l'Afrique ne me
semble pas raisonnable.La situation actuelle est très
intéressante: ce n'est pas vraiment de la croissance zéro, mais on n'en est pas très loin avec une très faible croissance dans le monde
industrialisé capitaliste. Ce n'est pas forcément un problème en soi. Ce
sont les plans de rigueur dans l'éducation, les économies dans les
dépenses sociales qui sont problématiques. Les pouvoirs politiques, pour
préserver les intérêts des plus riches, s'en prennent à ce qui permet
le développement du reste de la population. Seuls les mouvements sociaux
peuvent espérer changer ce cours des choses, à l'image des
manifestations en France contre la réforme des retraites.
via www.mediapart.fr