Crise: des leaders et d’autres | Mediapart

Mais les gouvernements n'ont pas tiré les leçons de l'effondrement de Lehman Brothers, ou en tout cas pas les bonnes. Les conclusions générales, soufflées par le monde financier qui y avait tout intérêt, ont été qu'il ne fallait surtout pas toucher aux banques, sous peine de mettre le monde en faillite. L'aléa moral a été institué. Too big to fail, les banques ont acquis le droit d'un chantage permanent sur les gouvernements et un droit de tirage sans limite sur les finances publiques. Au nom, bien sûr, de la garantie des déposants, comme le petit porteur servant d'alibi à un marché boursier qui l'a depuis longtemps exclu.

En contrepartie? Rien. Pas un droit de regard, pas un compte à rendre, même pas une action. Les fameux actionnaires, censés assumer les risques, n'ont pas été sollicités à un seul moment. Seule la Grande-Bretagne, qui a sans doute plus de compréhension du système financier, a nationalisé ses principales banques. La France, à l'inverse, est allée en la matière jusqu'à la caricature, confiant à Michel Pébereau, PDG de BNP Paribas, l'écriture du plan de sauvetage bancaire français.

Il y avait pourtant des précédents dont les gouvernements auraient pu s'inspirer. Au début des années 1990, la Suède s'est aussi trouvée au bord de l'effondrement de son système bancaire. L'Etat a repris le contrôle de tout. Toutes ses banques ont été nationalisées. L'ensemble des bilans a été nettoyé. Les mauvaises créances mises de côté dans des structures permettant de temporiser, certaines ont été annulées avec le temps, d'autres remboursées plus ou moins bien. Certaines banques ont été fermées. Les autres ont été recapitalisées puis remises sur le marché, mais avec une surveillance accrue des autorités bancaires. Le champ d'action a été strictement encadré et contrôlé. Hasard? La Suède comme le Canada, qui a connu une mésaventure à peu près comparable, ont tous les deux échappé au séisme de 2008.

Les autorités bancaires américaines ont un peu fait le ménage. Elles ont obligé les banques à se recapitaliser. Des dizaines d'établissements bancaires ont été fermés, ou repris par d'autres. Dans la zone euro, rien de tel. Les banquiers savaient ce qu'ils faisaient. Il fallait juste leur donner le temps et l'argent nécessaire pour se réformer. Les tests de résistance ont tourné à la farce. Les normes prudentielles de Bâle III, supposées apporter un peu de sécurité, ont été repoussées à 2017 au mieux. Et encore, les milieux bancaires ont entrepris un lobbying intense pour dire combien elles menaçaient leur activité.

Il est significatif que les principaux contempteurs de la dérive du monde financier, et qui demandent des mesures énergiques, soient issus de ce milieu même. Parce qu'ils comprennent mieux que tout autre ce qui s'y passe, parce qu'ils ne sont pas dans la vénération absolue qui interdit toute critique: des responsables comme l'Américain Paul Volker, ancien président de la FED, comme Adair Turner, président de l'autorité de la sécurité financière britannique, ou le président de la banque centrale suisse, ont tous dit la même chose. Pour eux, la cupidité domine désormais la finance. Estimant que les Etats n'ont pas à se mettre en risque et à garantir les activités de casino des banques, ils ont préconisé les uns après les autres le retour à une stricte séparation des activités bancaires: d'un côté, les dépôts et les crédits avec la garantie de l'Etat; de l'autre, les activités de marché, qui devaient être aux risques et périls des actionnaires, pouvant faire faillite à tout moment.

Le conseil n'a été retenu par aucun gouvernement. Mais même les mesures annoncées dans la panique lors des sommets du G-20 fin 2008-début 2009 n'ont pas été appliquées. Souvenez-vous: «Les paradis fiscaux, c'est fini! Les agences de notation, c'est fini! La spéculation, c'est fini!»

Les paradis fiscaux prospèrent comme jamais, après la mascarade du retour dans le rang, couverte par

via www.mediapart.fr

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