D'une année sur l'autre, les chiffres sur les bénéficiaires du bouclier fiscal renvoient la même image. Aucun des effets pervers de ce dispositif fiscal voulu par Nicolas Sarkozy dès son arrivée à l'Elysée, et que la droite voudrait oublier aujourd'hui, n'a été gommé. Aucun remède n'a permis d'enrayer les trucs et astuces utilisés par les experts de l'optimisation fiscale pour passer au travers de la fiscalité. Les premières estimations données par Bercy sur le coût du bouclier fiscal en 2010 mettent en lumière les mêmes dérapages, profitant à une poignée de grandes fortunes, auxquelles a été accordé un statut ultra-privilégié pour éviter leur exil.
En 2010, ils ont été 14.443 contribuables à bénéficier du bouclier fiscal. C'est un peu moins qu'en 2009, Bercy en avait alors dénombré 18.764. Mais le coût de ce dispositif pour les finances publiques est à peine moindre. Il est évalué à 591 millions d'euros – chiffre provisoire qui pourrait être réévalué à la hausse comme l'an dernier – contre 674 millions d'euros pour les revenus 2009.
Si les bénéficiaires ont été moins nombreux, le montant du remboursement fait à chaque bénéficaire a augmenté. En moyenne, le fisc a restitué 40.908 euros à chaque contribuable, soit une augmentation de 13% sur un an. Cette progression représente une sorte de performance, le bouclier fiscal étant calculé sur les revenus de 2009, année de crise. Et encore, ce n'est qu'une moyenne.
La déformation notée lors des années précédentes se poursuit et s'aggrave. D'un côté, il y a les petits contribuables éligibles au bouclier fiscal en raison de taxes foncières et locales élevées par rapport à leurs revenus. Près de la moitié (47%) des bénéficiaires affichent moins de 3.400 euros de revenus par an. Ils ont perçu ensemble 18 millions d'euros, soit 3% du montant total des remboursements versés par le fisc (2.686 euros en moyenne). Dans ce lot, se comptent 3.498 contribuables, non imposés à l'impôt sur la fortune. Ils se sont partagé 2 millions l'an dernier, à peine 0,3% du total, ce qui représente un chèque de 596 euros en moyenne.
De l'autre, il y a toujours les «dorlotés» du fisc. Ils étaient 925 l'an dernier – un peu moins qu'en 2009 – à afficher des revenus fiscaux de plus de 45.000 euros par an mais surtout des patrimoines de plus 16,5 millions d'euros. Cette poignée de grandes et de très fortunes s'est vu attribuer 60% des remboursements (354 millions d'euros). Cela représente en moyenne une restitution de 381.000 euros par foyer. Mais là encore,
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