Le thermomètre indique 38 °C, Baltimore est humide et
irrespirable. Ville historique aussi belle que déglinguée située dans le Maryland entre New York
et Washington, elle a ce visage de pauvreté et d'abandon semblable à d'autres
villes industrielles déchues comme Detroit ou Pittsburg et collant à l'image
donnée par la série à succès de David Simon qui dépeint le quartier d'East
Baltimore perdu dans la drogue, The Wire.«Ah non, s'il vous plaît, pas encore!», s'inquiète Brian Schleter, chargé de communication
de la ville, à la mention du nom de cette série connue pour être la préférée de Barack Obama. Il a eu droit aux
coups de fil de médias du monde entier au fur et à mesure que la série se
diffusait, et il fatigue un peu. «Disons que ça représente
certaines parties de la ville, oui, mais c'est incomplet. On n'aurait aimé
aussi y voir le travail des infirmières, les efforts que la ville fournit
pour les seniors, ce genre de choses… »,
commente-t-il.Ça tombe bien! Les seniors de Baltimore, les grands-parents des jeunes
dépeints dans cette fameuse série, sont cette fois au cœur du sujet. Les
résultats du grand recensement américain 2000-2010 indique un certain nombre de
changements démographiques, sociaux, géographiques. Vieillissement, écarts de
richesse, rétrécissement de ville et mouvement de population vers le Sud,
grande mosaïque de communautés et persistance de la ségrégation… Bien
distincte des banlieues qui l'entourent, Baltimore résume le pire. Cette ville
à 64% afro-américaine se vide, elle compte 621.000 habitants en 2010, 4,6% de
moins qu'en 2000, après une baisse de 11,5% durant la décennie 1990. La pauvreté
persiste, surtout dans les quartiers de East et West Baltimore. Près d'un quart
des habitants vivent sous le niveau de pauvreté qui diffère selon la taille du
foyer et correspond à 10.289 dollars (7.138 euros) par an pour une personne
seule de plus de 65 ans.La ville vieillit, l'âge médian du Maryland où elle se
trouve est passé de 36 à 38 ans, mais elle vieillit mal. L'espérance de vie stagne à
78,7 ans aux Etats-Unis et à 72 ans à Baltimore.La situation de Baltimore interroge. Avec quelles ressources
vieillit-on dans les quartiers urbains pauvres des Etats-Unis? «Ces
seniors n'ont manifestement pas assez de ressources», juge Maryellen
McHenry, assistance sociale à la maison DePaul, une maison de retraite pour
personnes à faibles revenus. Ce pays n'est absolument pas préparé à
l'augmentation du nombre de personnes âgées à bas revenus et à ses
besoins!», s'emporte-t-elle, luttant au quotidien pour que ses
seniors aient droit à ces différents minima sociaux dont le financement est
actuellement menacé par la crise financière. Elle insiste sur les efforts de la municipalité,
«qui fait ce qu'elle peut, avec ce qu'elle a», et n'est pas sévère
avec Stephanie Rawlings Blake. A 39 ans, cette démocrate afro-américaine s'est
retrouvée propulsée maire après que Sheila Dixon a dû démissionner à la suite d'un
scandale pour corruption, en février 2010.
via www.mediapart.fr