Etrange sensation que de chanter de paisibles louanges a capella, émue par la beauté inattendue d’un livre, et d’entendre soudain les aboiements féroces d’une meute qui surgit des taillis et se jette sur l’objet admiré, pour le mettre en morceaux à coups de crocs toujours plus vigoureux… Si Télérama a défendu le dernier livre d’Alexandre Jardin dès sa parution (lire notre critique de Des gens très bien), l’ensemble de la presse a crié haro sur le baudet, dans un déferlement ahurissant de haine et de suivisme. En affirmant que son grand-père Jean Jardin, bras droit de Laval le jour de la rafle du Vel d’hiv, a forcément eu connaissance en direct du déroulement des opérations, Alexandre Jardin fait scandale.
Egratigner les siens de la sorte ne se ferait pas. Mais pourquoi la critique littéraire accorda-t-elle à Emmanuel Carrère le droit de gratter le vernis de sa mémoire familiale dans Un roman russe, où il dévoilait le mystérieux destin de son grand-père géorgien, accusé de collaboration avec les Allemands, et dénonçait le silence que sa mère s’évertua à garder sur ce secret ? Sans doute parce qu’Emmanuel Carrère a pris soin de déployer la littérature entre sa famille et lui, tout en s’épargnant pour mieux se protéger, et en jetant ses proches à terre pour mieux les serrer ensuite dans ses bras. Fort de ses livres précédents, vampiriques et solidaires, secs et profonds, il pouvait avancer sans être inquiété dans les zones d’ombres de sa propre histoire.
A cause de son parcours d’auteur à succès sucrés, Alexandre Jardin ne bénéficie pas du même crédit. On lui reproche d’être sorti du rang, d’avoir osé déchirer son étiquette d’éternel adolescent si facile à tenir en mépris. Comme s’il était inimaginable de s’affranchir, de battre sa coulpe, de renaître. Pourtant, Des gens très bien est une œuvre d’écrivain à part entière, qui trouve bel et bien sa légitimité dans la littérature.
Une œuvre qui ne saurait se résumer au règlement de comptes : loin de tirer à bout portant sur son grand-père dans un « famille je vous hais » simpliste, Alexandre Jardin s’y livre à l’autocritique poignante de sa propre vie de mascarade, comme peu de romanciers auréolés de gloire ont eu le courage de le faire.
Une œuvre qui n’a rien de l’enquête historique : tout n’est que stupeur fébrile, hantise apocalyptique dans ce livre à la première personne, sur la honte et le doute d’un petit-fils qui imagine le pire sur son grand-père, et découvre avec angoisse le recoupement de ses élucubrations les plus enfouies avec une réalité qui se dérobe.
Une œuvre qui a le mérite de lever des tabous, que confirment les réactions agressives qu’elle suscite. A commencer par la tentation de l’aveuglement : « Notre conscience des choses, écrit ainsi Alexandre Jardin, ne fonctionne pas comme un interrupteur qui ne connaîtrait que deux positions : on et off. Les hommes ont toujours eu un rapport biseauté et mouvant avec la réalité des faits ; et une manière parfois très déroutante de regarder l’évidence placée sous leurs yeux. Entendre une information suppose d’être en mesure de l’écouter sans parasites ; voire de renoncer à son propre système perceptif, à l’effet sécurisant des vieilles convictions, aux fidélités qu’elles impliquent. »
Une œuvre remarquablement construite, qui frappe par ses arêtes saillantes, ses lignes de fuite, ses cassures. L’enchaînement des chapitres produit un jeu de miroirs vertigineux, où l’ironie du sort chatoie au bord du gouffre de l’inconcevable. Ainsi cette magistrale superposition de la rencontre de l’auteur avec une rescapée d’Auschwitz, et de la visite à la grand-mère nazie d’un ami cher… Et cette saisissant
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on se souvient du « nain jaune », oeuvre du père, et je crois que la question est : est-ce vrai, est-ce un secret de famille dévoilé, ou est-ce que l’auteur a noirci son grand père pour adopter une sorte de posture littéraire, la question posée est celle de la vérité historique. J’espère que c’est un roman vrai, une vraie recherche, car on peut bien imaginer qu’un haut fonctionnaire était au courant, il y a eu des circulaires pour préparer cette rafle, que l’on trouve en version pdf sur le net. Donc une vraie organisation, qui a du mobiliser pas mal de monde.
Factuellement, il remet le couvert sur le Pétainisme, et notamment sur le fait que ce pouvoir n’a pas été sérieusement et profondément épuré et écarté des pouvoirs politiques et économiques en France après 45. Il y a tant de descendants qui se disent fiers de leurs aïeuls au prétexte qu’ils ont été leurs aïeuls alors qu’ils ont fait des choses immondes. Et 65 ans après, la France vit avec un pouvoir « travail, famille, patrie », ce n’est donc pas anodin qu’un Jardin vienne ruer dans les brancards et dans son milieu, qu’est-ce qu’il prend !