Ces dignitaires UMP acclamant Zemmour comme une pop star, ce Copé, ce Novelli, avec leurs calculs électoraux qui crèvent l’écran, leur panique camouflée en matoiserie, leur course aux canots de sauvetage déguisée en ricanantes provocations, leurs trépignements («on a quand même bien le droit de dire ce qu’on veut chez nous, na») : quelle image pour la jeunesse de Tunis ou du Caire ! Si toutefois cette jeunesse nous regarde, ce qui semble de moins en moins probable. Le légalisme de la jeune révolution tunisienne, sa décision d’élire une constituante ! Et pendant ce temps, nos benalistes rassis à nous, acclamant un raciste condamné !
Tiens, puisqu’on parle de la belle France, de la France éternelle, ouverte sur l’horizon. Pendant qu’il n’est bruit que de Zemmour, les éditions Robert Laffont viennent de rééditer le Camp des saints, de l’écrivain d’extrême droite Jean Raspail. Le livre a été publié en 1973. Son thème ? Un million d’Indiens miséreux, à bord d’une flottille hors d’âge, s’échouent sur la Côte d’Azur. Qu’en faire ? Les accueillir ? Les empêcher de débarquer, arme à la main ? Le véritable sujet du livre n’est pas l’invasion elle-même. C’est la capitulation des élites politiques et médiatiques françaises devant cette invasion. Ils rêveraient de tirer dans le tas, mais n’osent pas. Leur lâcheté, leur déballonnement, devant ce qu’on n’appelait pas encore, en 1973, la bien-pensance tiers-mondiste (mais le concept était déjà là) les paralysent. La médiatisation du livre a été limitée : quelques articles et interviews dans le Figaro Magazine et Valeurs actuelles. Même Copé n’a pas osé inviter Raspail (mais ça viendra peut-être). Le livre est pourtant un grand succès : 5 000 exemplaires ont été vendus en février. Jean Raspail, en outre, a participé à une grande émission de télévision, Ce soir ou jamais, animée sur France 3 par Frédéric Taddeï. Très bien. Il est tout à fait légitime que la télévision publique reçoive tout le monde, même les écrivains racistes, tant qu’ils n’ont pas été condamnés. Sauf que l’animateur, Taddeï, a soigneusement omis de prononcer un mot : «racisme», justement. «Sulfureux», «controversé» : pour présenter le livre, Taddeï s’est soigneusement limité à ces adjectifs, qui évitent de prendre parti et de s’engager. Le Camp des saints est pourtant un livre raciste. Odieusement raciste. Si Frédéric Taddeï l’a vraiment lu, il ne peut le qualifier autrement. Exemples ? Ils fourmillent. Les naufragés de Jean Raspail puent, et l’écrivain insiste longuement sur cette puanteur. Pas un seul, dans ce million d’Indiens, n’est doté par le romancier d’un visage humain, ou de réactions humaines. C’est une masse grouillante, informe et menaçante. Noirs et Arabes, jetés sur les routes par la débâcle française devant cette invasion pacifique, ne sont que des délinquants et des violeurs. Il a beau être édité par l’honorable maison Robert Laffont, c’est un livre raciste – ce qui ne lui retire pas ses qualités littéraires, et notamment sa perverse puissance d’évocation.
En considérant cet accueil critique intimidé, aujourd’hui, du Camp des saints, comment
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