Faut-il mettre fin à la prohibition du hashich ? Aujourd’hui, dans plusieurs villes de la planète, l’annuelle Marche mondiale du cannabis viendra répéter qu’«une autre politique des drogues est possible». Les organisateurs (Act Up, Aides, Asud, LDH, Jeunes socialistes, Europe Ecologie-les Verts…) demandent que le sujet devienne un «thème majeur» de la campagne électorale de 2012.
LA PROHIBITION NE RèGLE RIEN
Le collectif demande une réforme de la loi de 1970 qui interdit l’usage des stupéfiants. Quarante ans d’interdiction, quarante ans de consommation massive. Et d’échec de la prohibition : 90% environ des produits interdits ne sont jamais saisis par la police. Et même si la répression s’est accrue en France, au moins 95% des consommateurs font un usage illicite sans être inquiétés. Deux experts ont rendu, en 2009, un rapport sans appel à la Commission européenne : selon Peter Reuter et Franz Trautmann, «le problème mondial des drogues n’a pas décliné» entre 1998 et 2007. C’est que la répression consiste, selon le terme d’un policier, à «vider la mer avec une petite cuillère» : faites tomber un réseau, deux autres apparaissent. Les tenants de la prohibition rétorquent que sans répression ce serait pire. Difficile à dire. Pour ses adversaires, ce gaspillage d’argent public ne règle aucun problème et, pire, en crée : «La prohibition est une source majeure d’insécurité», disent les prolégalisation. Le trafic gangrène la vie de certaines cités, où il pourrit le quotidien des habitants et conduit à des règlements de compte mortels, comme le dénonce le maire écolo de Sevran (Seine-Saint-Denis), Stéphane Gatignon, favorable à l’instauration d’un marché régulé du cannabis (1). Surtout que la portée de l’interdiction est peu évidente. «La criminalisation du cannabis ne sert à rien, indique le collectif. La loi n’influence pas la décision de consommer ou pas.» C’est vrai : aux Pays-Bas, où la fumette est tolérée, on compte en proportion moitié moins de consommateurs qu’en France, où c’est réprimé.
UN «MARCHé REGULé» DU CANNABIS ?
Légaliser serait un moyen de «couper l’herbe sous le pied des trafiquants», seuls bénéficiaires avérés de la prohibition. Le principe : réguler pour démanteler les trafics. Dans les années 20, aux Etats-Unis, la prohibition de l’alcool a été ainsi abandonnée, car elle créait trop d’effets pervers. On est aujourd’hui dans la même situation avec le cannabis. «En suscitant la rareté des produits, la prohibition fait la fortune du crime organisé», argumente Me Francis Caballero. Elle maintient des prix hauts sans faire baisser la consommation. Difficile, de plus, de justifier que certaines drogues (alcool, tabac) soient légales, alors qu’elles provoquent beaucoup plus de morts que le cannabis.
Comment procéder ? En s’inspirant du modèle hollandais : la vente de cannabis est tolérée depuis trente-cinq ans dans les coffee-shops, à raison de 5 grammes maximum, uniquement pour les adultes. Sauf que les Pays-Bas n’ont jamais osé autoriser la production. Du coup, les coffee-shops s’approvisionnent illégalement. Gatignon propose d’aller plus loin en créant une filière agricole. Les taxes générées par la vente légale pourraient financer une politique de prévention.
LA CONSOMMATION AUGMENTERAIT-ELLE ?
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