Vrai/faux et faux/vrai : enfin, la visibilité d’une dialectique de la conscience monde – à propos d’Olivier Berruyer, des Fake News, Google, Décodex et consorts

Dans le cadre de l'industrialisation de tous les processus techniques, les "médias" ont été ces puissances qui ont diffusé de la copie, à x millions d'unité, pendant des décennies. Ils étaient émetteurs de, et les destinataires n'avaient qu'à, lire, écouter, voir, et en penser ce qu'ils en voulaient, mais sans pouvoir renvoyer quoique ce soit à l'émetteur. Pour les rédactions, ces décennies furent "heureuses" : le bonheur de cette dictature que les membres de ces rédactions étaient si prompts à dénoncer dans certains régimes politiques, qui contrevenaient à leurs critères "libéraux". Et puis la possibilité, technique, d'une réponse sociale, populaire, s'est fait jour. Avec Internet et les sites, le principe du "commentaire" est devenu structurel. Des médias-personnes ont également fait leur apparition, comme ici (les blogs). Puis le commentaire est devenu lui-même structurel, avec les "réseaux sociaux" – et plus encore avec l'interaction avec ces médias à sens unique (des émetteurs qui n'écoutent pas les possibles réponses des destinataires), avec les commentaires réseautés. Du coup, dans cette deuxième phase, les chantres, nostalgiques, de la "dictature" parole/pensée via quelques réputés "grands médias" ont vilipendé et insulté cette "démocratisation", associée aux poubelles, comme dans une diatribe finkelkrautienne, malade de ses rages (mais heureusement pour lui, chouchouté par les derniers représentants de ces "médias à sens unique"). La Pravda était leur référence – pour s'en distinguer et s'y opposer. Et pendant que certains donnaient dans le leurre pavlovien pravdien, la "Pravda" des Etats capitalistes était la seule parole sociale et politique autorisée et pratiquée. Avec le recul, nous pouvons dire des médias français, des années 60 aux années 80, et autrement après, mais dans la même continuité, qu'ils ont imposé une parole d'Etat d'où les alternatives et les contestations furent aussi rares que dans cette fiction de l'Etat totalitaire communiste – parce que selon ces mêmes médias, "communiste. Quand des émissions, comme "les Dossiers de l'écan", "l'Heure de vérité", "Apostrophes", régnaient, quelles connaissances de la vie du monde ont été autorisées, entendues, par leurs intermédiaires, et combien de choses, au contraire, furent tues, cachées ? Mais voilà : l'habile diversité faisait croire à l'existence d'une "libre expression". Evidemment, dans ce cadre, "Droit de réponse" servira, dans les années 80, de caution, jusqu'à ce qu'un BTPIste la liquide. Aujourd'hui, il n'y a même plus de "Droit de réponse" dans nos médias télévisuels multipliés par 4, 5, plus encore, et tous les "Droit de réponse" sont sur Internet, refuge de la parole populaire et non étatique. La montée en puissance de ces moyens qui restent tous sous le contrôle d'entreprises privées liées aux Etats dont nous dépendons horripile l'élite. Spécialiste dans la création et l'usage d'une langue pour coder ses messages, elle fait évoluer sa novlangue régulièrement, et ces dernières années, s'est mise à se servir avec frénésie du "populisme". Les "populaires" sont "populistes" (traduisez : démagogues, menteurs, tricheurs, réducteurs, d'information et de tête, etc), quand les anti-populaires qu'ils sont, sont, évidemment, dans la pure et simple "vérité". L'élection présidentielle américaine a été, comme à l'habitude, encadrée par ces mêmes moyens médiatiques, et ces médias ont donc soutenu le dégagement du duo final, Clinton/Trump, le duo gagnant/gagnant pour eux, et après ils ont laissé faire le "jeu". Mais les soutiens des deux derniers candidats ont usé de leurs propres moyens pour s'exprimer et faire pression. A ce "jeu", il semblerait que les soutiens de D. Trump aient été plus actifs, performants, en diffusant de véritables informations sur les pratiques de Mme Clinton (par exemple, ses conférences pour ses amis de Wall Street), mélangées à des accusations grotesques, énormes, sur le vieux principe des effets de la calomnie. La grande Bourgeoisie qui soutenait la belliqueuse Mme Clinton s'est donc réveillée avec la gueule de bois, quand leur candidate passa de favorie des sondages à perdante de l'élection réelle. A la question : qu'est-ce qui a fait perdre Mme Clinton ? ils furent nombreux à épargner ses choix, sa campagne, pour mettre en cause la force du faux dans la conscience vivante nationale. Les "fake news" se virent ainsi doter d'un statut en soit, de force déterminante. Il faut s'en réjouir. Enfin, le "faux" fut, est, compris, comme élément déterminant de ce qui est diffusé, échangé. La prise de conscience est tardive, mais en outre, elle est artificiellement limitée à des types d'infos et aux médias/personne, aux médias réseautés, comme si les médias "nationaux", les entreprises qui les contrôlent et les animent, n'étaient pas, et de loin, les premiers "artifauxciers", depuis des décennies et dans des proportions autrement plus graves. Or, dans la "bonne conscience" qui caractérise cette classe dirigeante dans les rédactions des médias-de-masse, la conscience de leur rôle, de leurs décisions, de leurs propres "faux", est, évidemment, d'une très grande faiblesse, pendant que, brusquement, elle mesure la force de ce faux, et la met en cause – chez les autres. Et c'est ainsi que nous voyons un conglomérat d'entreprises des réseaux avec les médias-de-masse, se constituer, pour "lutter ensemble contre les fausses informations, la propagande, etc". Et c'est aussi ainsi que cette semaine, le blogueur Olivier Berruyer se trouve pris dans la tourmente, pour son blog "Les Crises", officiellement mis en cause par le Temps/Le Monde. C'est que cette "Pravda" de l'Etat français (cette comparaison est faite pour définir son rôle et son action, eu égard à cet Etat, mais, évidemment, il est déshonorant pour la Pravda soviétique, et nous en remercions ces connaisseurs de nous excuser de), a donc décidé qu'elle allait séparer le bon grain de l'ivraie médiatique. Dans cette émission d'Arrêt sur Images, François Ruffin évoque quelques Unes trompeuses, mensongères, et parfois même, par conséquent, dangereuses, de Le Temps/Le Monde, mais ses exemples sont très peu nombreux et ne sont sans doute pas les meilleurs. Il faut tout de même remercier le Temps/Le Monde d'avoir eu cette initiative : le visage permanent de sa rédaction s'y révèle, dans ce "Décodex". Ils prétendent être capables de labelliser, de hiérarchiser. Et c'est ce qu'ils font en permanence, dans toutes les dimensions : la parole aux gens importants, et, évidemment, aux autres, non, taisez-vous, écoutez. En grands démocrates, ils se disent heureux que certains leur écrivent pour les critiquer –
mais comme en bonne dictature, les critiques glissent sur eux… Le principe même d'une telle action ne les interroge pas, ils le valorisent avec constance. Mais comment vont-ils faire avec Le Temps/Le Monde lui-même ? Vont-ils le passer à l'orange quand, comme pour la Syrie, la rédaction se fera le relais des mensonges du Departement d'Etat USAFrance ? voire au rouge en situation de crise ? Pour se crédibiliser, ce dont ils ont bien besoin, ils se sont engagés dans un engrenage à haut risque, où ils risquent beaucoup. Leur prétention à être les seuls bons "responsables", parce que, "professionnels" de l'information, est morte, mais ils la maintiennent tout de même, jusque dans cet excès. Le processus en cours ne peut être stoppé – ce sont même eux les chantres de ces "évolutions nécessaires" qu'il faut savoir "accepter". Mais de celle-ci, ils ne voudraient pas, mais comme ils n'ont aucun moyen de la stopper, ils sont paniqués, et quand on est paniqué, on le sait, l'humain fait n'importe quoi, et le plus souvent, ce qui est contraire à son intérêt. Désormais, "le Temps/Le Monde", est un sujet, en soi, pour le débat public national. Il faut donc commencer par parler de son Histoire, de son baptême post-Libération, de ses liens avec les USA, l'OTAN.

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