En recomposition depuis le milieu des années 90, la gauche radicale est fragmentée. A l'image du collage hétéroclite en couverture du livre « Penser à gauche ».
Il n'y a pas un manifeste à une voix, qui permettrait de saisir le positionnement de la pensée d'extrême gauche, mais une polyphonie d'influences. Difficile dès lors de s'y retrouver.
Qu'ils proposent une « cartographie », une « grammaire » ou une « boîte à outils », trois livres ont récemment tenté de faire le point sur cette nébuleuse riche et fragile par ses contradictions : « Hémisphère gauche » de Razmig Keucheyan, « Les Grammaires de la contestation » d'Irène Pereira et « Penser à gauche ».
Ce dernier est le plus récent et peut-être le plus ambitieux. Publié aux éditions Amsterdam, l'ouvrage collectif est conçu comme « une sorte d'instantané au moins partiel de cette constellation, permettant de saisir leur diversité et leurs contradictions ».
Contre la cartographie « réductrice »
En 42 articles répartis sur huit chapitres, l'éditeur donne la parole à 38 auteurs différents. Parmi eux, de grandes figures des nouvelles théories critiques, comme Giorgio Agamben, Antonio Negri ou Slavoj Zizek. Mais s'il est sous-titré « Figures de la pensée critique aujourd'hui », « Penser à gauche » est tout sauf un panthéon d'auteurs sacralisés.
Fini l'ombre géante et gênante d'un Marx en référence absolue. Les papes de la contestation sont à leur tour contestés. Jérôme Vidal, fondateur des éditions Amsterdam, laisse la place à de jeunes universitaires, qui n'hésitent pas à remettre en cause leurs aînés.
Il radicalise ainsi le procédé adopté par Razmig Keucheyan. L'auteur d'« Hémisphère gauche » montrait déjà cette nouvelle lecture multiple et horizontale de la gauche radicale en adoptant une méthode « cartographique » : typologie, connexions, systèmes…
Mais là où le géographe du paysage critique insiste sur les auteurs et les courants, « Penser à gauche » appuie sur les nouveaux points de tension qui les traversent et veut accentuer la dynamique contradictoire en rejetant une méthode cartographique « trop réductrice ». Une démarche audacieuse, au risque de perdre le lecteur qui peut manquer de repères.
Complétés par quelques inédits, la plupart des articles sont des adaptations issus de La Revue internationale des livres et des idées (RiLi), dirigée par Jérôme Vidal lui-même. Ce bimestriel disparu pour des raisons financières, qui avait pour ambition de laisser la place « aux travaux les plus critiques venant troubler les savoirs établis et les imaginaires sociaux et politiques », devrait être relancé à l'automne sous un nouveau nom.
Contre la pensée anti-68
Les éditions Amsterdam et la RiLi appartiennent à l'un de ces fragments de la nouvelle gauche radicale. Hétéroclite, le livre a donc néanmoins une certaine cohérence conceptuelle. Pour Jérôme Vidal :
« La pensée anti-68 qui circule à travers toute la gauche postule que la critique dite “culturelle” ou “sociétale” dans le prolongeme
via www.rue89.com
S’abonner
Connexion
0 Commentaires
Le plus ancien
Il n'y a pas un manifeste à une voix, qui permettrait de saisir le positionnement de la pensée d'extrême gauche, mais une polyphonie d'influences. Difficile dès lors de s'y retrouver.