Mercredi 17 août, les médias français ont eu vent d’une idée révolutionnaire : taxer les riches pour réduire le déficit public. Il fallait y penser. Et il fallait que ce soient les premiers intéressés qui y pensent pour que les grands médias s’en fassent l’écho et y trouvent un quelconque intérêt. Quelle riche idée, quand ce sont des riches qui la suggèrent… à des médias brutalement réveillés.
Une idée de riche
Taxer les riches ? En voilà une idée qu’elle est bonne ! Et nouvelle en plus. Une présentatrice d’I-Télé a parfaitement résumé la situation, jeudi 18 août : « C’est l’un d’eux qui a lancé l’idée, Warren Buffett. » Et le reportage qui suivait de confirmer : « L’idée a germé en Amérique… » En effet, jamais les militants de la gauche sociale et politique n’ont proposé, au cours de ces trente dernières années, d’augmenter les impôts des ménages les plus fortunés. Pour Libération, qui s’en empare enfin à la « une » (alors qu’elle a été à plusieurs reprises évoquée en d’autres temps, mais en pages intérieures), c’est d’ailleurs une « riche idée » :
Et Le Monde l’a trouvée tellement novatrice qu’il lui a consacré un éditorial. Pourtant, cette idée révolutionnaire aurait pu ne jamais traverser l’Atlantique si Le Monde n’avait pas découvert, enfin, un auteur suffisamment digne de la défendre, en offrant une tribune au courageux Maurice Lévy, président du directoire du groupe publicitaire Publicis et de l’Association française des entreprises privées, le 17 août, dans laquelle il consacre un paragraphe à réclamer que les riches fassent « une contribution exceptionnelle » à « l’effort national » :
« Il est normal que nous, qui avons eu la chance de pouvoir réussir, de gagner de l’argent, jouions pleinement notre rôle de citoyens en participant à l’effort national. Oui, une contribution des plus riches s’impose à mes yeux. Et pas seulement les dirigeants. Tous ceux qui peuvent par leurs moyens participer à ce nécessaire effort national. »
Que l’on ne se méprenne pas : M. Lévy ne propose pas un relèvement de l’impôt définitif. Sa contribution ne sera qu’« exceptionnelle ». Et elle ne sera consentie qu’en échange d’une politique néolibérale menée à son terme. Dénonçant « l’idée que les Français ont de l’Etat-providence et de l’assistanat », M. Lévy réclame « une vraie, une sérieuse, une profonde réforme de nos structures administratives et de nos systèmes sociaux », ainsi qu’une réduction sensible « des coûts des charges qui pèsent sur les salaires afin de regagner le terrain perdu et se donner les moyens de créer de la richesse et des emplois dans notre pays ».
« Réforme », « compétitivité », « assistanat »… la présence de ces termes choyés par les médias dominants explique que son discours ait été à ce point entendu et repris. Il fait semblant de proposer une idée neuve tout en réclamant la poursuite des politiques entamées il y a trente ans. M. Lévy est un publicitaire qui sait quel discours tenir pour préserver ses intérêts sans en avoir l’air.
Le résultat est à la hauteur de ses espérances : « Ces ultrariches qui veulent payer plus d’impôts », titrait Le Parisien – Aujourd’hui en France jeudi 18 août [
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