Entretien avec Julian Assange: «Nous devons commencer par la vérité»
Quel premier bilan faites-vous de ces derniers mois et de la révélation de près de 2.000 télégrammes diplomatiques sur un total de 250.000?
Julian Assange. Nous faisons l'objet d'une enquête du FBI, de la CIA et du ministère de la justice aux Etats-Unis. Cette enquête vise la plupart des personnes qui ont collaboré à l'opération «Meurtre collatéral» (la fuite d'un film militaire montrant une bavure en Irak) et des dépêches sur l'Irak qui ont suivi.
Cela a abouti à une inculpation par le FBI à mon encontre et probablement à de futures autres accusations pour nos autres fuites. Quel que soit le résultat du jugement (en première instance du tribunal de Londres sur mon éventuelle extradition vers la Suède), il y aura un appel, soit venant de l'accusation soit de notre part, probablement dans les quatre prochaines semaines.
A ce stade, nous avons réussi à publier une part importante du Cablegate (les dépêches diplomatiques américaines). C'est une victoire majeure. Pendant un moment, nous étions inquiets parce que le gouvernement américain était averti, et nos membres étaient dispersés dans plusieurs pays. Il y avait un risque pour que notre matériel ne puisse jamais sortir. Mais maintenant c'est derrière nous.
Les câbles du Cablegate vont pouvoir être révélés. Il n'y plus aucun doute là-dessus. La seule question qui reste est: à quelle vitesse? Nous travaillons pour que cela aille le plus vite possible. Il reste encore un travail énorme à effectuer: nous disposons de 250.000 câbles alors qu'à peine 1% des documents ont été publiés jusqu'à présent.
Nous élargissons la diffusion à de nombreux médias nationaux et organisations humanitaires dans le monde. Il y en a déjà environ douze. Quelques-uns ont commencé à les publier comme le Sydney Morning Herald et The Age en Australie, la radio nationale danoise, plusieurs journaux au Brésil, aux Pays-Bas. Et bientôt plusieurs journaux traditionnels en Grande-Bretagne et au Japon. Et bien sûr Mediapart.
Pourquoi avez-vous décidé de nouer des partenariats avec d'autres médias et journaux?
Nous avons voulu subvertir et radicaliser les vieux médias en les forçant à se mettre en position de coopérer et de rivaliser entre eux et avec nous. Jusqu'à un certain point, nous avons réussi cela. Le New York Times n'aurait pas publié avec autant de diligence ces documents s'il n'y avait eu cette collaboration et cette dépendance mutuelle (entre eux et nous). Cela veut dire que le New York Times et les autres vieux médias ont partiellement renoncé à leurs principes.
Par exemple, le New York Times souhaitait consulter la Maison Blanche à propos des câbles au moins une semaine avant la publication. Nous ne leur avons pas donné autant de temps. Nous considérons que si nous mettons au jour le comportement criminel d'une organisation puissante, elle n'a pas le droit d'être avertie de ce que vous allez publier avant les victimes de ce crime. Il y a une raison pratique pour cela: ces vieilles et puissantes organisations font donner leurs relations publiques pour détourner le message.
Ces vieux médias sont toutes proches des pouvoirs. Leur intérêt principal n'est pas de réformer le milieu dont ils sont issus. Ils veulent surtout ne pas se faire souffler leurs informations par leurs concurrents. Le New York Times et le Guardian étaient heureux de pouvoir biffer des morceaux de texte, des e-mails, des numéros de téléphone, etc., et d'alerter la Maison Blanche une semaine à l'avance, mais pas de prévenir le Washington Post à l'avance, ou pour le Guardian, le Daily Telegraph.
Nous avons une approche différente de ces médias. Nous avons eu une bonne expérience avec le Spiegel et avec El Pais. Pa
via www.mediapart.fr