Si vous avez lu Cent ans de
solitude, du prix Nobel de littérature colombien Gabriel García
Márquez, vous vous souvenez sans doute de l'épisode du massacre des
bananeraies. Le 6 décembre 1928, les travailleurs en grève de la United Fruit
Company se réunissent sur la place municipale de Ciénaga, dans
le Magdalena colombien, pour exiger une réponse à leurs revendications
syndicales. L'armée ouvre le feu sur la foule. Le chiffre de 3.000 morts est
avancé.Ça serait un euphémisme de dire que la
United Fruit Company fait simplement son business en Amérique latine, puisque
c'est à elle qu'on doit l'expression «république bananière».En 1989, la société américaine se rachète
un nom et une réputation et devient la Chiquita Brands International.En Colombie, elle sera connue sous le nom
de sa filiale Banadex jusqu'en juin 2004, date à laquelle Chiquita liquide
Banadex mais continue d'être implantée dans le pays par l'intermédiaire de
Banacol. Comme s'il suffisait de changer de nom pour changer d'identité.De 1997 à 2004, Chiquita Brands
International a financé, à hauteur de 1,7 million de dollars, les Autodéfenses
paysannes de Córdoba
et Urabá
(ou Autodéfenses
Unies de Colombie – AUC), un groupe paramilitaire colombien considérée comme
une organisation terroriste depuis le 10 septembre 2001. C'est la première fois
qu'une société américaine est inculpée pour avoir financé le terrorisme.Tout en invoquant l'extorsion, Chiquita
plaide coupable et collabore avec la justice américaine. En mars 2007, un
arrangement est trouvé: Chiquita, qui a financé
une organisation terroriste, s'en sortira avec une amende de 25 millions de
dollars répartie en cinq paiements de 5 millions chacun. (La vente de Banadex
rapportera plus
du double à Chiquita. En échange du deal entre Chiquita et le Department of
Justice, il n'y aura pas d'accusations criminelles, ce qui complique la perspective
d'un procès en Colombie et l'extradition éventuelle des responsables.)
Au port d'Almirante, Panama, en 2002. REUTERS/Alberto Lowe
Peu après l'annonce du verdict, le
correspondant du journal colombien El Tiempo écrivait
depuis Washington que «l'ONU et les
dirigeants communautaires de l'Urabá souhai
via www.slate.fr
