La grande peur des oligarques, par Edwy Plenel | Mediapart

Chacun l'a compris à l'annonce, mercredi 24 août, des mesures d'austérité gouvernementales : l'aumône demandée à une minorité de très riches n'est que l'alibi d'une rigueur pour le plus grand nombre (lire ici l'article de Laurent Mauduit sur cette austérité aux allures de Grand Guignol). Grossière, la manœuvre a été accompagnée d'une opération de diversion avec l'appel « Taxez-nous ! » du Nouvel Observateur. Mais cette entourloupe dit aussi la peur qui habite cette présidence et l'oligarchie qui l'entoure, tant la crise met en évidence leurs impostures. Décryptage en forme de message d'espoir.

Car ce pouvoir qui n'a cessé de jouer sur les peurs, de les susciter et de les alimenter avec les trois « i » qui lui tiennent lieu de politique – identité, immigration, insécurité, autrement dit peur de l'avenir, peur de l'étranger et peur du quotidien –, oui, ce pouvoir est lui-même habité par la peur. Peur d'être dévoilé, confondu et démasqué. Insaisissables, incontrôlables et imprévisibles, les événements le rattrapent et risquent, à tout moment, de l'ébranler. Révolutions arabes, émeutes britanniques, crise financière et récession économique, affaires : sous le calme illusoire qu'offrent les protections présidentielles et les complaisances médiatiques, la météorologie politique est bel et bien menaçante.

Tandis qu'une brochure en forme de slogan ne cesse de donner le ton, avec le succès phénoménal de l'essai de Stéphane Hessel, Indignez-vous !, le réveil soudain des peuples arabes est une onde de choc souterraine qui fait vaciller toutes les certitudes. Elle rappelle brutalement la précarité de son sort et l'instabilité de sa condition à cette infime minorité aujourd'hui installée à demeure au cœur de la République, au croisement de l'avoir et du pouvoir, dans la confusion des intérêts privés et du bien commun. Ce pouvoir est le mieux placé pour en prendre la mesure tant il avait parié sur ces régimes déchus ou menacés, leur stabilité et leur clientèle.

L'Union pour la Méditerrannée, ce grand œuvre géopolitique du quinquennat avec MM. Ben Ali, Moubarak, El Assad et Kadhafi en alliés vedettes, voire en amis fidèles, n'était-ce pas hier, à peine ? Et les documents Takieddine dévoilés par Mediapart ne donnent-ils pas un aperçu sidérant des corruptions occultes qu'abritaient ces compromissions tapageuses ? Seuls les amnésiques peuvent croire à la fable humanitaire du zèle guerrier de Nicolas Sarkozy en Libye. Il s'agit d'abord d'effacer sous la mitraille les traces de l'idylle nouée depuis 2005 par le clan Sakozy avec le despote de Tripoli. D'en effacer jusqu'au souvenir.

Il en va de même avec la crise qui, en s'accélérant et s'approfondissant, met en évidence les inconséquences d'un pouvoir aussi imprévoyant qu'incompétent. Des déficits creusés, des inégalités renforcées, une croissance enrayée, un chômage aggravé : tel est son bilan, sans appel. Mais, surtout, ce bilan désastreux s'accompagne du prix à payer pour l'arrogance initiale et jamais démentie, de la soirée du Fouquet's couplée au yacht de Bolloré jusqu'aux spectaculaires affaires Bettencourt et Tapie : celle du « président des riches », selon l'heureuse formule des sociologues Pinçon-Charlot (voir Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, Le président des riches, Zones, 2010). Mieux, des très riches. D'un chef de l'Etat devenu chef de bande, fondé de pouvoir d'un clan oligarchique.

Là encore, l'urgence du pouvoir est de brouiller les pistes, de conjurer le souvenir afin de devancer la révolte. Devenue l'incarnation même de l'injustice et de l'aveuglement, cette présidence cherche son grand roque sur l'échiquier de la campagne présidentielle à venir. Il lui faut fabriquer une nouvelle fiction politique qui puisse lui tenir lieu d'échappée belle ou de contre-pied tactique.

C'est ici qu'intervient l'appel lancé par Le Nou

via www.mediapart.fr

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