L'auteur de « la Bastoche » est un vrai parisien. Et quand on le lit on entend l'accent parigot, pas celui un peu grasseyant popularisé dans les films noirs des années 50, mais un accent un peu canaille, gouailleur, plus libre, moins stéréotypé. De plus Claude Dubois est bien de Paris-Pantruche où l'on aime bien se moquer des prétentieux et railler les sots qui sont comme des grenouilles voulant se faire aussi grosses que l'Éléphant en plâtre et stuc, où habite Gavroche dans « les Misérables, qui trônait au milieu de la place de la Bastille
L'espèce des vrais parisiens existe encore mais est pratiquement en voie d'extinction, principalement du fait de l'embourgeoisement de la capitale où se loger est réservé aux plus riches. Les anciens quartiers populaires de la ville, à cause de leur cachet pittoresque, ou réputé tel, sont colonisés progressivement par les « bourgeois bohèmes » qui croient alors pouvoir encore s'encanailler et avoir le sentiment fallacieux d'être demeurés de « vrais » gens alors qu'ils restent surtout des bourgeois, et ce même s'ils n'ont pas le sentiment de l'être.
Montmartre y est passé en vingt ans, la rue des Martyrs ou le passage des Abbesses sont devenus des lieux côtés, les bistrotiers y ont laissé la place à des bars à « tapas » ou à « smoothies », à des restaurants où l'on sert une cuisine insipide et sans personnalité, et bien sûr où l'on boit surtout des eaux minérales.
Le pittoresque de toutes façons a toujours été frelaté à Montmartre où, par exemple, les croûtes vendues place du Tertre, « so romantic » pour les touristes américains, sont en fait fabriquées à la chaîne en Chine.
Et derrière le pittoresque de Montmartre, il y avait aussi les odeurs de pisse ou de chou cuit, les concierges méfiantes et tous les exploités qui travaillaient pour des salaires de misère.
Maintenant à Montmartre, l'on croise surtout des touristes ou des créatifs de pub et autres espèces nuisibles, du genre à être pendus à leur smart-phone ou vissés à leur ordinateur portable à la table des cafés, ceci pour se sentir un peu hommes et femmes du XXIème siècle, pour paraphraser un dialogue d'Audiard.
Bizarrement, Audiard est d'ailleurs à la mode chez les « bobos » (pour qui le bobo c'est toujours le voisin). « Les Tontons flingueurs » est devenu un film de référence dont on cite un peu partout les dialogues certes brillants, car Audiard, qui était comme Claude Dubois un authentique « titi » parisien, savait bien recueillir tous les parfums et la saveur du « jus de la rue » et en restituer la substantifique moèlle.
Audiard est aussi un moyen commode pour des anciens petits garçons sages et des anciennes petites filles raisonnables de jouer les affranchis et de se donner des airs d'« apaches » (je parle de ce genre d'apaches).
Mais ils sont très éloignés de sa verve et de son talent car comme il le dit :
« Quand un type comme ça se retire,
y'a pas de place à prendre,
c'est la fin d'une époque. »
On parle tellement d'Audiard que
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