Ne nous berçons pas d'illusions. Les manifestations et rassemblements de protestation dans les rues et sur les places sont sans issue parce qu'ils ne s'attaquent pas à la cause du problème: la concentration monopolistique de la totalité du pouvoir politique entre les mains des détenteurs de l'État. Quand la société des citoyens, calmée ou épuisée, regagnera ses pénates, les hommes politiques continueront à discuter et co-décider avec les agents internes et externes des mécanismes dont ils sont les otages, à la surface de la politique (et qui les pourvoient en force, en argent, en communication, etc.).
Il est urgent de comprendre que la cause fondamentale du problème actuel réside dans le fait que le système politique de la modernité n'est ni démocratique, ni représentatif. Le personnel politique possède en indivis la qualité à la fois de mandant et de mandataire, tandis que la société des citoyens est confinée dans la sphère privée. Véhiculées par ce système politique et par son inévitable dégénérescence en partitocratie dynastique, les forces qui définissent l'ordre mondial ont réussi à contrôler l'État et à imposer leur domination politique sur la société des citoyens.
L'enjeu du rassemblement de «Syntagma» met pour la première fois la société des citoyens face à l'ensemble des détenteurs de l'État (hommes politiques et autres). Ce fait montre en soi que le collectif ne se constitue plus en termes de masse, mais se revendique en somme des citoyens. La réaffirmation de l'individualité au sein du collectif fait que le citoyen n'est plus un sujet instrumenté, mais une entité libre et émancipée qui façonne les événements; non plus une force extra-politéienne, mais partie intégrante de la politéia. Il est donc évident que quand les penseurs de la modernité affirment qu'État et système politique se confondent, ils sont tout à fait en dehors de la vérité.
Le cadre du changement
Dans ces conditions, la société des citoyens est appelée à:
a) se rendre compte que de nos jours, la protestation extra-institutionnelle est un mode d'opposition totalement dérisoire face aux géants de l'ordre mondial.
Nous devons prendre conscience que le temps du fonctionnement extra-institutionnel de la collectivité est révolu. Les collectivités non institutionnelles durent moins que la nécessité qui les fait naître. Elles risquent soit de dégénérer, soit d'être contaminées par les pouvoirs constitués et par les forces qui refusent l'émancipation de la société des citoyens. Ce risque est accru lorsque l'enjeu de la société des citoyens se développe dans un petit pays et ne concorde ni avec la dynamique interne des pays du complexe hégémonique qui définit l'état des choses au niveau mondial, ni, a fortiori, avec leurs intérêts.
b) prendre le système politique en main, exiger la suspension des articles de la Constitution qui suppriment le principe représentatif de la politeia, qui lui ôtent à elle-même la qualité de mandant.
La société des citoyens doit élaborer des propositions de lois qui aboliront le caractère possédé de l'État et la partitocratie dynastique, qui feront dépendre le personnel politique de la société des citoyens, aboliront son «immunité» et le soumettront directement à la justice pour ses actes politiques, accorderont au citoyen le droit d'avoir un «intérêt pour agir» en cas de préjudice occasionné par les agents de l'administration ou le personnel politique; enfin, elle doit mettre au point les orientations politiques dans le cadre desquelles le pouvoir politique sera obligé de gouverner.
c) Dans ce cadre, formuler des revendications réalistes en termes «législatifs» clairs.
Dans les circonstances actuelles, il est réaliste et nécessaire de:
-Institutionnaliser la compétence de «contrôle» du personnel politique (et de l'administration et de la justice) par le tribunal spécialement prévu à cette fin. Le contrôle doi
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