Avec l’assassinat des caricaturistes du journal satirique Charlie hebdo, la société française est devant un acte qui continue à la sidérer, malgré les jours qui passent. À l’heure où toutes les analystes se tournent vers l’islamisme radical et vers les tensions internationales de ces dernières années, il faut peut-être regarder plus loin, dans le passé, pour comprendre ce qui, dans notre patrimoine, dans notre identité, a été visé.
En fait une plongée dans l’histoire de la presse satirique montre dans quelle généalogie s’inscrivent les dessinateurs et les caricaturistes de Charlie hebdo. Elle dévoile quelle force de subversion peut avoir le crayon et aussi quels moyens les politiques, et notamment les régimes autoritaires, ont dû employer pour tenter de venir à bout de l’énergie de l’image couplée au rire. La caricature dans la tradition française a servi notamment le combat anticlérical au temps où la religion catholique était dominante et a puissamment contribué à l’établissement d’une république laïque, c’est-à-dire à ce qui réunit et nous permet de vivre ensemble, aujourd’hui, au-delà des différences confessionnelles et des opinions politiques.
Il faut se rappeler que si l’histoire de la presse satirique en France est ancienne, elle est née dans sa dimension moderne, politique et frondeuse telle que nous la connaissons encore aujourd’hui, lors de la Révolution de 1789. C’est bien sur la mise en place d’un espace public libre, où la représentation journalistique permet la représentation politique, et donc l’expression du jeu démocratique dans sa toute sa portée, que sont nés les ancêtres de Charlie Hebdo. L’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen libère la presse de toute censure : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux pour l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement ». Sur cette libération formidable des énergies médiatiques, des dizaines et des dizaines de journaux sont fondés à Paris dès l’automne de 1789, et parmi eux bien sûr des petits journaux contestataires, enflammés, engagés, dénonçant tantôt les forces conservatrices et contre-révolutionnaires, tantôt la légitimité des députés. Parmi ces titres les plus connus, sans doute Le Père Duchesne d’Hébert, au langage populaire et cru, ou encore L’Ami du peuple de Marat, journaliste et homme politique assassiné en 1793, et quantité de petites feuilles frondeuses et comiques de toutes obédiences. Pendant ses quarante premières années, la presse satirique utilise de manière très marginale le dessin, mais son impact n’en est pas moins profond sur la société française.
Le premier empire va étroitement surveiller la presse et Napoléon à la fois réduira le nombre des journaux et surtout les réprimera grâce à une censure coûteuse et efficace. La presse satirique est étouffée dans l’œuf comme dans tous les régimes autoritaires car la démocratie d’un régime politique se mesure à ce qu’il autorise. Sous la Restauration, régime relativement conservateur mais plus libéral que l’Empire, commence à se développer une petite presse subversive, épigrammatique, très souvent condamnée aussi. Le Nain Jaune qui publie un dessin par mois, est le plus poursuivi et doit s’exiler en Belgique dès 1816. D’autres journaux satiriques (Le Figaro, Le Corsaire, Le Sylphe) vont sans doute, la plupart des historiens l’ont établi, contribuer par le climat de résistance et le discours agressif qu’ils entretiennent à faire tomber le régime conservateur et très clérical de Charles X. Son successeur Louis-Philipp
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