Alice Miller « C’est pour ton bien » mais en fait, non | Rue89

Qu'est-ce qu'un grand livre ? Peut-être celui qui change en profondeur et définitivement notre regard sur les situations les plus concrètes, les plus banales et les plus tragiques.

Un élève frappe d'autres élèves dans la cour d'un établissement scolaire. Un enseignant humilie ses élèves cours après cours. Un homme bat sa compagne. Une femme rabaisse son compagnon. Un manager harcèle ses collègues. Un automobiliste s'en prend physiquement aux autres pour une place de parking.

Situations où la violence n'est plus un bon mot malheureux ou un accès de fureur sans lendemains, mais un réflexe, un langage, une manière d'être.

« Ce qui arrive à l'enfant se répercute sur l'ensemble de la société »

Couverture de "C'est pour ton bien", d'Alice MillerLe livre de la psychanalyste suisse Alice Miller, « C'est pour ton bien », paru en 1980 et traduit en français en 1985, dévoile un continent quasi inexploré et trop longtemps inconnu : le territoire des violences contre l'autre ou contre soi à l'âge adulte, en tant qu'héritage inévitable et massif des violences subies comme enfant – injures, coups, menaces, humiliations, manipulations !

« L'opinion publique est loin d'avoir pris conscience que ce qui arrivait à l'enfant dans les premières années de sa vie se répercutait inévitablement sur l'ensemble de la société, et que la psychose, la drogue et la criminalité étaient des expressions codées des expériences de la petite enfance. »

Alice Miller consacre un chapitre à l'enfance d'Adolf Hitler. Cette démarche, qui ne légitime ni n'excuse en rien l'injustifiable, la conduit à montrer de manière spectaculaire le lien entre les souffrances endurées dans l'enfance par le fils d'Aloïs Hitler et la barbarie à grande échelle initiée par la suite.

Pour l'enfant traumatisé, un « témoin secourable » peut tout changer

L'objection commune consistera à évoquer les millions d'autres enfants qui subissent ou ont subi le même sort et n'en érigent pas pour autant la barbarie en système.

Au-delà du contexte historique, politique et économique propre à l'Allemagne de la République de Weimar et favorable à l'avènement d'une telle figure, Alice Miller souligne que bien souvent, ces autres enfants ont un jour croisé, ne serait-ce que brièvement, un « témoin secourable », capable de leur prodiguer chaleur, écoute bienveillante et compréhension, enrayant ainsi le mécanisme de la violence.

La violence, nous dit Alice Miller, n'est pas l'expression d'une pulsion de mort telle que la conçoit la psychanalyse traditionnelle. Cette haine présente en certain(e)s, qu'on ne confondra pas avec la part d'agressivité et de conflictualité commune à tous et à toute relation, se révèle être le fruit d'un conditionnement ancien et précoce.

Dans le cas d'Hitler, la haine trouve son ancrage dans les coups reçus à répétition et sans possibilité d'échappatoire avant même l'âge de 4 ans. Cette haine aura ensuite trouvé un exutoire dans la détestation des juifs, cible séculaire d'opprobre offrant aux partisans d'Hitler, objets eux aussi d'une éducation comparable, « l'image concrète d'un ennemi qu'ils ont alors toute liberté de haïr ».

La violence n'est pas génétique, mais bien acquise

via www.rue89.com

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