Alain Finkielkraut, une certaine idée du rance.

La haine républicaine est odieuse, même si répandue. On entend beaucoup d'inepties sur les banlieues et cette proscription de gens qui sont déjà privés de tant de choses (d'argent, pour commencer, et donc de confort) est proprement insupportable. Finkielkraut raconte toujours les mêmes anecdotes mais je ne reconnais toujours pas la banlieue qu'il hait et qu'il décrit. Voilà 10 ans que je travaille en Seine-saint-Denis, que j'y fais mon travail, que je ne renonce pas à l'exigence (cette année, par ex., j'ai fait Bossuet avec une classe de Première) et jamais, jamais !, je n'ai rencontré ce que raconte Finkielkraut. Certes, il y a eu les incidents de la Toussaint mais cela avait lieu devant le lycée. En outre, à chaque fois que j'ai emmené des classes au théâtre, en dépit des cris d'orfraie et les a priori des petits-bourgeois dérangés par ces intrus, il n'y a jamais eu de problème. Au contraire. Inclure la jeunesse des banlieues dans l'espace public et commun à tous est un pas radical vers la paix civile.

Les positions de Finkielkraut et consorts sont détestables et qu'elles ne soient dénoncées que par l'extrême gauche est gravissime. J'ai vu des loulous adorer Victor Hugo ("C'est trop bien, m'sieur, il a le flow, Hugo !") et la ligne politique, hélas consensuelle, de l'animateur de Répliques sue la haine de la démocratie. 

M. Finkielkraut se trompe gravement. D'abord, la culture est pour lui synonyme de naphtaline. Il est à notre temps ce qu'étaient à la fin du XIXème siècle ceux qui préféraient Sully-Prudhomme à Stéphane Mallarmé. Sa haine du rap est risible ; il devrait lire Joy Sorman sur NTM et écouter le rap américain. Son prisme exclusif de perception du monde est celui du mépris de classe. Plus singulièrement, sa haine des Arabes semble homogène à celle du Likoud israélien. C'est du reste, comme l'ont notamment montré Hazan et Badiou, une des nouveautés politiques réactionnaires de la période : l'extrême droite aime désormais l'Etat d'Israël (après tout, Drieu la Rochelle écrivait dans son journal qu'il mourait antisémite sauf à l'égard des juifs sionistes).

Ensuite, comme disait Antoine Vitez (par ailleurs militant du communisme), "l'élitisme pour tous". Notre maurrassien sioniste est aux antipodes de cette idée-là. Rien pour les pauvres, singulièrement pour ceux qui ne sont pas de chez nous ! M. Finkielkraut est l'un des noms de la nouvelle extrême droite, l'extrême droite 2.0.

Je me prends toutefois à rêver. Un vieux juif du ghetto, par quelque miracle, revient parmi nous, un peu comme dans l'épisode du grand inquisiteur des frères Karamazov et, entendant Finkielkraut dans ses insanités, lui dit, avec un accent yiddish à couper au couteau, "Mais comment ça, tu parles des fils d'Agar comme l'Action française de nous il y a 75 ans ? Quelle honte !"

via blogs.mediapart.fr

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14 années il y a

Excellent texte. On se souviendra de Finkielkraut comme l’intellectuel le plus obstiné dans la dérive et le RESSENTIMENT. Toute la ruse manipulatoire de l’homme du ressentiment, du cynisme et de la malhonnêteté consiste à attribuer aux « autres » sa propre ignominie.

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